L’absentéisme durant le Ramadhan : Silence, on dort !

Des imams ont beau proclamer et répéter que le jeûne ne dispense nullement de l’effort et que se dérober à son devoir professionnel amoindrit la valeur de cette obligation religieuse. Dans les usines, les établissements scolaires et les administrations, on fait preuve de beaucoup moins d’entrain. Cette sorte de «sieste» a nourri la verve d’humoristes et la colère de ceux qui voient le traitement de leurs affaires et dossiers renvoyés pour l’après-Ramadhan. Tout le monde nous le dit et le reconnaît dont un chef de personnel d’une entreprise, à Oran qui se confie à nos collaborateurs. S’absenter s’apparente pour certains à une sorte de droit qu’ils s’attribuent. Dans ce dossier où nous nous penchons sur les causes et les formes que prend l’absentéisme, un économiste évoque aussi le coût d’un phénomène dont la collectivité paie le prix depuis longtemps.

Que ce soit dans les administrations, dans les entreprises publiques, privées, et même au niveau des universités, l’absentéisme est devenu un rituel qui revient chaque année à l’occasion du ramadhan. D’après des témoignages, au niveau des APC, il est très rare de trouver un employé à son poste durant le mois de ramadhan, et s’il l’est, à 13h maximum, il rentre chez lui. Dans les facultés, selon un universitaire, les enseignants ne s’absentent durant le mois de jeûne qu’occasionnellement. Les étudiants, en revanche, font souvent l’école buissonnière. «Ces derniers s’absentent surtout le matin. Le problème, c’est que, depuis la crise sanitaire, les sanctions en cas d’absentéisme ne sont pas appliquées, nous ne pouvons pas les sanctionner. Les étudiants profitent de cette grâce et manquent souvent les cours durant le mois de ramadan, y compris les TD, réduisant considérablement ainsi leur taux d’assimilation, surtout que les cours ratés ne sont pas rattrapés», rapporte-t-il.
Dans les entreprises publiques, selon Toufik Hentabli, cadre dirigeant dans une entreprise publique, l’absentéisme durant le mois de jeûne était récurrent dans le passé, mais il commence à diminuer depuis quelques années, sans disparaître pour autant. «Grâce à la sensibilisation auprès des employés et l’application de plus en plus rigoureuse des procédures de sanction, le taux d’absentéisme durant le mois de carême a baissé, heureusement, car le phénomène impacte sérieusement le rendement des entreprises. Nous constatons également un manque de concentration de la part des techniciens, surtout quand ces derniers sont appelés à intervenir dans les cas de panne d’électricité ou autre», confie-t-il, précisant que cela oblige la direction à renforcer davantage les moyens de sécurité ainsi que les procédures de contrôle et de vérification. Mais dans les secteurs sensibles et stratégiques où la relation avec les citoyens est directe, comme celui de l’énergie et des ressources hydriques, les équipes sont présentes, 7/7, 24/24 qu’elles que soient les circonstances. «D’ailleurs, ces équipes se comptent parmi le personnel le plus rentable. D’une manière générale, durant le mois de ramadhan, on est plus souple en matière de présence. Les procédures de sanction sont appliquées contre les employés qui exagèrent dans l’absentéisme. L’absence du personnel féminin est plus tolérée vu leurs occupations, importantes, durant le mois de jeûne», indique-t-il.
Le gérant d’un bureau d’étude dans la construction, Hacène Menouar, qualifie l’absentéisme de «vol». «Quand un employé s’absente et touche son salaire en entier, c’est du vol. L’absentéisme, c’est une forme de gaspillage, de temps. Il occasionne pour les entreprises productives, qu’elles soient publiques ou privées, d’énormes pertes financières», remarque-t-il, relevant que cet acte entraîne de grands retards dans la réalisation et dans la réception des projets. Le personnel féminin dans les entreprises privées, bénéficie également, selon lui, d’un traitement de faveur durant le mois de jeûne. «Si elles ne s’absentent pas, les employées sont libérées très tôt. Mais quand il s’agit de grosses entreprises où les coûts sont importants, la direction ne peut pas se permettre de fermer les yeux sur l’absentéisme. Les employés qui ne peuvent jeûner et travailler en même temps, sont priés de prendre leurs congés durant le mois de jeûne», conclut-il.
Farida Belkhiri