L’adieu à un professionnel et à un humble

L’humilité est la première chose qui nous vient à l’esprit quand nous pensons à notre ami Larbi Chaabouni qui vient de nous quitter des suites d’une longue maladie qui ne l’avait pas empêché de continuer à collaborer avec Horizons, le deuxième journal de sa très longue carrière de spécialiste des questions internationales. Professionnalisme et gentillesse caractérisaient notre collègue que nous avons connu dès les débuts des années 1980 à l’hebdomadaire Révolution africaine. Chaabouni était présent presque chaque jour alors que la périodicité de la publication ne l’exigeait pas. Avec Amar Zentar et Ahmed Cheniki, il se distinguait par sa grande capacité d’écoute. Aux collègues qui venaient de débuter, il inculquait les rudiments du métier. Avec Cheniki, Zentar, Ali-Hadj Tahar, Brahim Ould-Hamou et Smaïl Dechir, il savait partager des moments de détente et de rire, bien qu’il fût très discret. Nous l’avions revu après qu’il a rejoint le quotidien Horizons. Nouveau challenge pour ce professionnel qui s’est rapidement intégré et s’est fait beaucoup d’amis auprès des anciens et de jeunes journalistes à qui il apportait son aide. Le journaliste Mehdi Boukhalfa témoigne que sa fille a beaucoup appris avec lui. Durant les années du terrorisme, nous prenions souvent un café à Staouéli, relativement épargnée par la horde sauvage, comparativement à Baraki où il résidait. Chaabouni passa pratiquement toutes les années 1990 à Sidi Fredj, hébergé comme d’autres journalistes dans des chambres sécuritaires. Il était de ceux qui savaient garder le moral et restait optimiste. Il n’était pas du genre à s’épancher sur sa vie. Par contre, dès qu’il était question du métier et des questions qui touchent à la profession, il était prêt à tous les combats en véritable syndicaliste, dévoué pour les causes justes qu’il savait défendre bec et ongles. Nous ne connaissions pas aussi ses colères. Déçu par quelque chose, il préférait s’enfermer dans un silence absolu plutôt que de se livrer.

La nouvelle de sa disparition a enflammé les réseaux sociaux
Son ami de très longue date, le journaliste-écrivain Amar Zentar, très affecté, a rappelé les qualités humaines et professionnelles du défunt. «On ne s’est plus revus depuis déjà un bon bout de temps, mais il n’a jamais quitté mon cœur, ce fils de famille, brillant journaliste et à l’humilité légendaire. Jamais un mot déplacé, très respectueux envers ses collègues, de commerce très agréable mais toujours avec cette pudeur et cette éducation qu’il portait tel un atavisme, il portait la géopolitique sur le bout des doigts. Professionnel intègre, il faisait de son métier un véritable sacerdoce et ne badinait jamais avec les principes cardinaux: pas de compromis et encore moins de compromission. J’ai encore mal à réaliser sa disparition, car Larbi Chaabouni était un frère pour moi. On n’avait nul besoin de se voir pour réveiller cet essentiel jamais éteint», lit-on sur sa page Facebook.
Liesse Djeraoud, son ancien collègue d’Horizons, a rappelé la carrière de l’enfant de Souk Ahras. «Larbi Chaabouni était professionnel jusqu’au bout des ongles, patriote engagé et surtout un ami loyal. Il aura été l’un de ceux qui m’ont encadré lors de mes débuts dans la presse à l’aube de la décennie 1990. Que la terre lui soit légère et que Dieu l’accueille en Son Vaste Paradis», écrit-il sur sa page Facebook.
 Abdelkrim Tazaroute