L’Algérie plaide pour la restitution des archives

Le traitement du  contentieux mémoriel algéro-français a connu,  ces derniers mois, une accélération sans précédent. Après de longues années, marquées par de récurrentes demandes de restitution de la part des gouvernements successifs en Algérie et la sourde oreille de l’Elysée, le dossier est devenu un centre  d’intérêt pour les présidents algérien et français. L’un et l’autre ont  affiché une volonté d’œuvrer ensemble pour enfin apaiser les relations bilatérales et se projeter dans l’avenir.

Deux personnalités ont été désignées  à la fin de l’année dernière pour prendre en charge cette lourde tâche. Le directeur des Archives nationales, et conseiller du président de la République, chargé de la mémoire nationale, Abdelmadjid Chikhi, du côté algérien et l’historien et spécialiste de la période coloniale, Benjamin Stora, côté français. Ce fut un premier pas pour les deux pays pour collaborer au règlement de ce passif douloureux. Auparavant, le 5 juillet 2020, à l’occasion de la fête de l’indépendance, 24 crânes de résistants algériens, qui se sont insurgés contre la présence française au XIXe siècle et séquestrés au Musée de l’homme à Paris ont été rapatriés et inhumés au carré des martyrs à El Alia avec les honneurs militaires. Le grand événement avait suscité fierté et émotion chez les Algériens, dont les plus chanceux ont eu le privilège de se recueillir devant les dépouilles de ces  patriotes qui furent exposées au palais de la culture. Ce fut un moment intense pour tous.
Parmi les petits pas engagés par le président Macron figure aussi la décision prise au début mars de faciliter les procédures de déclassification des archives de plus de 50 ans relatives à la période coloniale. «Cette décision sera de nature à écourter sensiblement les délais d’attente liés à la procédure de déclassification, s’agissant notamment des documents relatifs à la guerre d’Algérie», lit-on dans le texte. C’était une concrétisation d’une des  recommandations proposées par l’historien Benjamin Stora dans un rapport remis à Macron, le 20 janvier dernier,  afin d’avancer sur le dossier mémoriel. La volonté exprimée par le président Tebboune de ne rien lâcher à ce sujet a été bien perçue par l’Elysée qui tente de coopérer en faisant des gestes susceptibles d’apaiser les relations entre les deux pays.
Une semaine auparavant, dans un communiqué publié par la Présidence française, il a été fait état de la reconnaissance «au nom de la France» de l’assassinat du militant nationaliste et avocat Ali Boumendjel arrêté et torturé en 1957, en pleine «Bataille d’Alger» après que des membres de sa famille aient été reçus au palais de l’Elysée.
La décision d’ouvrir les archives même marquées du sceau secret – défense a été bien accueillie par les autorités nationales et les chercheurs  qui peinent à accéder aux documents. Toutefois, le président Tebboune a, dans plusieurs interventions, insisté sur la récupération de toutes les archives concernant l’histoire commune car celles-ci sont un patrimoine national et un outil pour les chercheurs. «Nous n’allons pas marchander en ce qui concerne notre histoire. Nous ferons en sorte que les archives soient restituées totalement», avait-il  indiqué. L’ouverture de certaines archives prélude-t-elle à leur restitution ?
Karima Dehiles