Lancement bientôt de 26 projets miniers : «Une bonne voie pour sortir des hydrocarbures», selon des experts

Le secteur de l’énergie et des mines a annoncé un programme englobant 26 projets de recherche dans le domaine de la prospection et de l’exploration minière. Une enveloppe de 4,9 milliards de dinars a été allouée à ce programme qui s’inscrit dans le cadre de la stratégie du secteur qui vise à atteindre 100 projets miniers d’ici à 2023.

L’objectif du ministère est de mettre fin à l’importation des matières premières minières. «Nous aspirons à ce que ce soit le véritable départ du domaine des mines en Algérie. Ce qui pourrait contribuer à la relance et au développement du domaine minier au niveau national, en sus d’ouvrir de multiples ateliers afin de réduire la facture d’importation des matières premières minières lourdes, par l’ouverture de nouvelles mines à travers tout le pays», a déclaré le premier responsable du secteur, Mohamed Arkab.
La richesse minière représente plus de 1.000 ressources minérales souterraines en Algérie, selon des experts miniers et des professeurs en géologie minière. On parle, outre des métaux précieux et non précieux, de 70 millions de tonnes de fer à Ouenza et Boukhadra, et de 3 milliards de tonnes à Ghar Djebilet, ainsi que de 2,5 milliards de tonnes de capacités minières en phosphate à Bir El Ater (Tébessa). Selon l’expert en géologie Nacerddine Kazi Tani, «la valeur financière des hydrocarbures ne représente en termes financiers, depuis leur découverte en 1954 jusqu’à présent, que 0,011% de la valeur marchande du potentiel minier». Et là, précise-t-il, «je n’ai pas comptabilisé les métaux du futur, à l’image du lithium qui constitue le métal de la transition énergétique par excellence». L’ancien directeur et fondateur du Centre de recherche en astronomie, astrophysique et géophysique a évoqué également l’existence de terres rares en quantité marchande. «Il existe des gisements de terres rares dont le plus grand totalise, à lui seul, 50 millions de tonnes de métal», dit-il, soulignant que ces ressources sont en surface. Cela veut dire, explique l’expert, qu’elles sont plus faciles à évaluer et à prospecter. «Elles n’exigent donc pas de technologies particulières pour l’extraction du minerai», rappelle-t-il.
Des partenariats pour rattraper le retard
L’expert économiste Kamel Kheffache fait savoir, pour sa part, que l’Algérie possède un important potentiel minier, capital pour l’avenir industriel et économique du pays. «Notre économie qui demeure peu diversifiée pourrait profiter de ce potentiel en se projetant dans la transformation des matières premières dont beaucoup sont importées», suggère-t-il. Et de poursuivre : «L’exploitation de ces gisements réduirait sensiblement la facture d’importation de certaines matières, d’où l’intérêt de réfléchir, à moyen terme, à une industrie de transformation qui contribuerait à l’essor de l’économie nationale et à la croissance du produit intérieur brut.» De l’avis de l’économiste, le secteur minier n’a pas encore été exploité à la hauteur de son grand potentiel, dont le sous-sol des régions du Nord, des Hauts-Plateaux et du Sud «regorge de richesses dormantes qu’il convient d’extraire au bénéfice de notre économie et de la recherche d’alternatives aux hydrocarbures». Selon lui, l’Algérie pourrait, à la faveur de ces investissements, devenir un exportateur de matières premières ou de produits semi-finis très demandés à l’échelle internationale. Toutefois, il signale que cela pourrait prendre quelques années, puisque il faut commencer par évaluer nos ressources et la valeur de chacune d’elle sur le marché externe.
«L’exploitation dépend, quant à elle, des capacités matérielles, humaines et de l’expérience nécessaire pour la réalisation de ces projets de manière la plus compétitive possible», juge-t-il. Mais aussi, ajoute l’expert et consultant en développement socioéconomique, «des programmes du gouvernement dans le domaine de la recherche et de l’exploration minières à l’avenir». «Nous avons les compétences nationales pour relever ce défi», estime-t-il. Pour l’expert, «le retard accumulé en matière de recherches minières est certes très important, mais il peut être rattrapé par des partenariats».
Assia Boucetta