L’anglais au primaire vu par les professionnels : Plaidoyer pour renforcer les moyens humains et didactiques

Le président de la République a instruit, lors du dernier Conseil des ministres, pour l’adoption de la langue anglaise à partir du cycle primaire. Cette décision intervient après une étude approfondie menée par des experts et des spécialistes qui ont, récemment, ouvert le dossier de la réforme de l’enseignement primaire.

Bien qu’aucun délai n’ait été fixé pour l’introduction de l’anglais dans ce palier, Abdelkader Missoum, pédagogue et formateur à l’Institut national de formation du personnel de l’éducation, estime que «la question du développement de l’enseignement de l’anglais, langue de la science par excellence, est inévitable et incontournable». «Son élargissement au cycle primaire doit être une question éminemment pédagogique, d’autant plus que l’anglais est déjà présent dans le moyen et le secondaire», insiste l’expert. Pour renforcer son enseignement, il préconise ainsi de procéder de façon pédagogique à commencer par augmenter sa marge horaire et développer les méthodes de son enseignement, notamment, en matière de l’oral au niveau du moyen et du secondaire. Du point de vue du pédagogue, le primaire est saturé puisqu’on enseigne déjà l’arabe et le français. «Ce qui est déjà trop pour les élèves de ce cycle qui risquent la dyslexie, notamment, à l’intérieur du pays où le milieu est peu favorable», relève-t-il. Selon Missoum qui est également coordinateur des écoles associées à l’Unesco, l’enseignement du français et de l’arabe est très mal assuré dans ces régions d’où l’intérêt de commencer d’abord par alléger et réaménager les programmes de l’enseignement primaire pour plus d’efficacité. Il appelle, dans ce sillage, les pédagogues et les techniciens de l’éducation «qui ont un rôle important à jouer» à proposer d’autres pistes à même d’être exploitées pour mieux développer l’enseignement de l’anglais. Et pour appuyer son analyse, il rappelle «l’expérience de l’introduction de l’anglais, à titre optionnel, tentée entre 1991et 1992 qui n’a pas donné les résultats escomptés». Meziane Meriane, ex-coordinateur national du Syndicat des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapeste), abonde dans le même sens. Il estime nécessaire de procéder au préalable à «l’allégement du programme destiné aux élèves du primaire avant l’introduction de l’anglais». Il faudra, ajoute-t-il, «penser à assurer les moyens humains et didactiques pour réussir ce projet». A ce propos, il a indiqué qu’«il n’est pas possible d’imposer l’enseignement de cette langue à l’enseignant du primaire ». De son avis, «il serait plus judicieux de commencer par former des enseignants d’anglais avant d’élargir son enseignement à tous les cycles».
Assia Boucetta