L’avocate Fatma Benbraham : «Les forces françaises ont prémédité leurs actes»

Le forum de la mémoire du journal El Moudjahid a célébré, ce samedi, le 77eanniversaire des massacres du 8 mai 45, date décrétée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, Journée nationale de la mémoire. Un hommage particulier a été rendu au défunt moudjahid Béchir Boumaza, ancien président du Conseil de la nation.

Les invités de cette rencontre, rehaussée par la présence de nombreux témoins de la Guerre de libération nationale, ont mis en avant la portée de ces manifestations sanglantes ayant secoué le monde entier. L’avocate Fatma Benbraham a regretté le fait de rester dans «le factuel» concernant le traitement de ces faits historiques qui avaient chamboulé toutes les cartes du colonisateur français. Elle estime que cela est «insuffisant» tant les dessous juridiques de ce drame inédit demeurent méconnus. L’avocate a tenu à préciser que la riposte française a été très violente contre les civils et les militants des partis politiques algériens, lesquels avaient décidé d’agir comme un seul homme afin de réclamer la libération de Messali El Hadj et de Ferhat Abbas, deux personnalités ayant grandement influé sur le cours de la révolution. Me Benbraham a affirmé ces manifestations avaient suscité l’éveil populaire juste après la Seconde Guerre mondiale. Le peuple avait en effet revendiqué l’indépendance de l’Algérie et ce en s’inspirant de la charte de l’Atlantique qui encourageait les Etats à se détacher de l’emprise des colonisateurs, a-t-elle indiqué, tout en rappelant que la véritable rébellion s’est exprimée à travers les partis politiques, notamment après les tentatives de Charles De Gaulle de charmer les élites en leur offrant la nationalité française, surtout après la sollicitation des Américains par Ferhat Abbas pour l’accomplissement de son référendum. L’avocate a tenu à préciser que les massacres du 8 Mai 45 n’ont pas été anarchiques mais préalablement réfléchies par les forces françaises. Elles  avaient décidé de décréter l’état de siège car elles savaient «qu’il va y avoir du sang», tout en créant également des tribunaux militaires exceptionnels contre les manifestants. Me Benbraham a plaidé d’ailleurs pour l’union des avocats algériens pour réclamer des archives à la France notamment en ce qui concerne ces tribunaux militaires de circonstance qui avaient décrété injustement des condamnations à mort à l’encontre de jeunes manifestants. L’historien Sadek Bakhouch a indiqué, quant à lui, que le fait de lier le 8 Mai 45 à la mémoire est important dans la mesure où cette date constitue «l’arrière plan de la révolution nationale». Il a souligné que c’est à travers ces événements dramatiques que le peuple a pris conscience que ce qui se confisque par la force doit être récupéré par la force.
L’ancienne ministre, Zhour Ounissi, a rappelé que Béchir Boumaza était un véritable patriote qui a avait œuvré pour la préservation de la mémoire avant et durant sa nomination à la tête du Conseil de la nation. Le réalisateur Osmani a fait savoir lui aussi que Boumaza l’avait encouragé à réaliser le premier documentaire sur les événements du 8 Mai 45, annonçant dans ce sillage que le président de la République a donné son accord pour la production du film «Les lions de l’Algérie» retraçant les péripéties de ces massacres.
Karima Alloun