Le bijou d’Ath Yenni : Vers une incontournable labellisation

Le bijou traditionnel d’Ath Yenni, a traversé les générations, s’adaptant à chaque  époque pour préserver sa place de parure de choix pour compléter une tenue s’il n’est pas utilisé par des femmes comme langage codé pour passer des messages.

Et à propos de ce patrimoine immatériel attaché au bijou traditionnel des Ath Yenni, les artisans bijoutiers Azzedine Kebbous, Kaci Chouichi et Malik  Malki, ont indiqué à l’APS, que jadis le port du bijou était codifié. «On ne  pouvait pas porter une pièce de bijou n’importe comment et n’importe  quand», ont-ils confié. Selon des témoignages de plusieurs dames de la région, la femme, à la façon et aux types de bijoux qu’elle porte, passe des messages à ses congénères, tels que pour se désigner lors d’une circoncision qu’elle est la mère de l’enfant circoncis, pour annoncer à son mari qui rentre de voyage qu’un deuil a lieu dans la village, ou pour  désigner qu’une jeune fille est fiancée…
Indissociables, le bijou et la tenue traditionnelle Amazigh ont évolué ensemble pour s’adapter à leur temps, se modernisant au fil des générations, tout en préservant leur authenticité. L’artisan bijoutier d’Ath Yenni a toujours évolué dans ses méthodes de  fabrication tout en restant artisanal. Le bijou, s’adaptant à la demande du marché, perd en volume et gagne en raffinement, non sans y laisser des…plumes. Dans ce processus d’évolution, le bijou des Ath Yenni, qui a gardé son authenticité tout en perdant le code langagier, a changé de fonction en devenant une simple parure. Si l’époque de la naissance du bijou d’Ath Yenni, fabriqué en argent et orné d’émaux au trois couleurs vert, jaune et bleu, de boules d’argent et de coraux, ne peut être située avec exactitude, en raison de son  ancienneté, les artisans rencontrés ont réfuté la thèse selon laquelle que ce sont les Ath Abbès de Bejaïa qui ont apporté le métier de la bijouterie avec  eux. Le bijou des Ath Yenni est le produit d’un savoir-faire très ancien, poursuivent-ils, ajoutant que «la technique d’émaillage, qui fait la spécificité du bijou traditionnelle d’Ath Yenni, remonterait selon, les écrits des historiens, à l’époque byzantine».
«Le bijou chez nous n’est pas un accessoire que la femme porte pour se faire belle, il est culturel. Il véhicule un patrimoine, un savoir-faire et une identité plusieurs fois millénaire, d’où la nécessité de le préserver et de le protéger urgemment par son classement et sa labellisation, pour faire face à la contrefaçon et aux velléités d’ accaparer ce patrimoine ancestral par certains pays», ont affirmé plusieurs artisans.