Le bon voisinage à rude épreuve

Toutes nos villes, dont la démographie est galopante, voient pulluler de nouvelles cités à leur périphérie immédiate, et des villes… nouvelles ont carrément surgi pour contenir une demande croissante de logements.

A ces nouveaux espaces urbains correspond un phénoménal aménagement et l’émergence de nombreux ensembles d’habitations relevant notamment du social et de diverses autres formules dont le résidentiel ou promotionnel, sans compter les structures d’accompagnement (établissements scolaires, sanitaires, administratifs, centres commerciaux, salles de spectacle…). On peut affirmer que la crise du logement a, toutes réserves selon les régions, vécu. Il n’en demeure pas moins qu’une telle réalité se révèle souvent à l’opposé des comportements et habitudes au sein de la cellule familiale traditionnelle avec son rayonnement sur l’extérieur et le voisinage immédiat. Elle vient consacrer une formidable rupture avec les liens ancestraux qui se déclinent dans des gestes de disponibilité, de solidarité, de communion dans la difficulté et l’entraide envers le voisin. Pis ! Une sorte de distanciation, voire d’indifférence totale s’est insidieusement insérée dans les règles sociales fondamentales d’une société réputée pour son attachement aux valeurs morales. Après s’être barreaudés individuellement, même si c’est à juste raison parfois, car le risque d’agression n’est pas exclu, les habitants, y compris ceux des grands ensembles, font désormais le choix de s’enfermer, de… fermer leurs cités et de voir en toute personne non connue un vecteur de risque. Même dans les cités résidentielles connues pour «abriter» des éléments des classes sociales aisées notamment parmi les professions libérales, l’enfermement ou du moins les moyens auxquels il est recouru se fait au gré de l’évolution de la technologie et des techniques de parade à des agressions sous quelque forme qu’elles pourraient se manifester.
En plus du gardiennage de jour et de nuit, d’alarmes sonores, les cours de cité sont pratiquement toutes hyper-surveillées par des caméras sophistiquées et assez souvent couplées à un détecteur de mouvement permettant de repérer de nuit tout indu-visiteur. Bien entendu, les méprises sont inévitables notamment lorsqu’il s’agit de personnes rendant visite à de la famille et qui doivent répondre à un interrogatoire parfois surréaliste. En fait, l’organisation des cités résidentielles est codifiée par des textes. Depuis quelque temps, certaines d’entre elles sont gérées par un syndic plus apte à parler exclusivement de sous pour répondre aux charges inhérentes à la gestion de la cité qu’à vraiment s’occuper des menus problèmes. Une association conforme aux dispositions de la loi 12-06 est là pour le suppléer avec pour mission de répondre de façon plus humaine aux préoccupations liées au cadre de vie des résidents. Sauf qu’il est peu évident que tout cela se fasse dans l’harmonie comme pour toute association sachant le peu d’empressement des adhérents à répondre «présent» quand ils sont sollicités pour un volontariat, à assister à des assemblées. Le quorum est rarement atteint, confirmant d’ailleurs le peu de liant entre un groupe communautaire dont les membres en général ne se connaissent même pas après des années de voisinage.
 Abdelhamid Lemili