L’économiste Abdelkader Berriche : «Le Sud doit avoir sa part»

 L’économiste Abdelkader Berriche pense que l’investissement dans le Sud a toujours constitué une priorité de l’Etat, mais les objectifs réalisés ne sont toujours pas à la hauteur des attentes. Il plaide donc pour la révision des motivations dans le cadre du projet de loi sur les investissements en phase de préparation.

Quel état des lieux faites-vous de l’investissement industriel dans le sud ?
L’Etat accorde de l’intérêt aux investissements dans sud depuis des années, mais malgré toutes les efforts déployés à cet effet, les résultats obtenus n’ont pas été à la hauteur des attentes. Dans ces régions, il n’existe malheureusement pas de grands complexes industriels. Les usines et les zones industrielles sont toutes pratiquement centralisées dans le Nord, aux abords des ports et des infrastructures d’appoint. Sachant que le coût du transport est intégré dans le projet d’investissement et cette facture augmente quand l’entreprise est dans une localité lointaine. Cela dit, investir dans le Sud nécessite davantage de moyens, et la valeur de la production revient encore plus chère. De plus, les investissements dans le Sud ont besoin d’une main-d’œuvre qualifiée et de beaucoup de prestations de service additionnelles. Dans le Sud, les bureaux d’études ne sont pas disponibles pour orienter et soutenir les investisseurs. Il faut donc miser sur des aides susceptibles de garantir ce savoir-faire qui manque au Sud. Il faut reconnaître aussi que dans ces régions sahariennes, il existe un déficit énorme en termes d’infrastructures de base. Les routes sont défaillantes et les réseaux d’électricité ne sont pas totalement installés. Ce qui rend l’investissement très difficile à réaliser.
Quelles sont les motivations dont a besoin l’investisseur dans le Sud ?
Je dois souligner que les pouvoirs publics n’ont pas négligé l’investissement dans le Sud. Depuis les réformes instaurées en 1993 jusqu’à la loi en vigueur, le Sud a bénéficié de nombreuses facilitations. Je cite l’exemple des exemptions fiscales décidées pour une durée de dix ans, en plus du foncier industriel qui était cédé par le passé à des prix symboliques. Hélas, tout cela n’a pas atteint les objectifs escomptés. Les industriels boudent le Sud pour les considérations précitées. Le diagnostic est fait et nous souhaitons une meilleure dynamique d’investissement dans le Sud à l’avenir, notamment au niveau des dix nouvelles wilayas qui sont des terrains vierges qu’il va falloir exploiter économiquement et socialement. Cela passe par l’établissement d’une carte des investissements, de façon à instaurer une exploitation équitable entre le Sud et le Nord des potentialités locales. Les régions du Sud et des Hauts-Plateaux sont riches en ressources naturelles touristiques, industrielles et en matières premières et main-d’œuvre, il faut juste les mettre à profit. La richesse doit être répartie à l’échelle nationale d’une façon équitable pour sédentariser les populations et garantir une justice sociale. Le Sud doit avoir sa part.
Y a-t-il des actions urgentes à entreprendre pour booster l’investissement dans le Sud ?
Il faut revoir les motivations dans le cadre de la nouvelle loi sur les investissements. Mais cela ne suffit pas à développer l’investissement dans le Sud. Il n’est pas question uniquement de revoir les aides fiscales, il faut aussi développer l’écosystème conformément aux besoins exprimés localement.
Entretien réalisé par Karima Alloun