Les Algériens dorment moins durant le Ramadhan : Le sommeil, cette moitié de la santé

Comment reconnaître un jeûneur ? Pas seulement à la couleur, souvent pâle, de ses traits de visage ni à la mollesse de ses gestes. C’est d’abord le manque de sommeil qui le trahit. Durant le Ramadhan où les habitudes changent et s’inversent, tout le monde dort mal ou pas assez. Ceux que nous avons interrogés confirment. Cela n’est pas sans conséquences au travail, à l’école où, nous dit notre journaliste, les performances des professeurs et des élèves baissent. Pis, le déficit de sommeil, qui entraîne une diminution de l’attention et de la concentration, a un lien de cause à effet avec les accidents de la route dont le nombre augmente durant ce mois. Enfin, un spécialiste de santé publique explique les vraies raisons qui conduisent à ce phénomène et prodiguent quelques conseils pour préserver notre santé qui repose avant tout sur un bon sommeil.

Durant le mois de Ramadhan, le rythme quotidien des jeûneurs change, notamment leurs habitudes de sommeil. Entre décalage des heures de repas, les prières, les visites familiales et les sorties nocturnes, le nombre d’heures de sommeil se réduit d’une manière significative. Ce phénomène touche toutes les catégories de la société, y compris les plus jeunes. Cela impacte négativement la santé physique et morale des personnes, de l’avis des spécialistes.
Le nombre d’heures de sommeil réduit volontairement ou involontairement a, en effet, des effets délétères sur tout l’organisme humain. Selon une étude publiée, «moins de six heures de sommeil par nuit durant une semaine nuit directement à plus de 700 gènes du corps humain». Outre l’apparence qui n’est pas au top, la plupart des jeûneurs deviennent agressifs et nerveux. «Cet état de fait risque de compromettre la sérénité des rapports au sein de la famille et de la société», explique la sociologue Nacéra Hamdani. Elle reconnaît que les altercations et rixes dans les marchés, les bus et même dans les lieux de travail deviennent récurrentes. La mauvaise humeur ou les sautes d’humeur se reproduisent souvent au cours du mois du jeûne. Appuyant cette thèse, le Dr Hafida Latafi, spécialiste du sommeil à l’Etablissement hospitalier public de Birtraria, indique, dans une déclaration à l’APS, que le fait de dormir 3 à 4 heures seulement «peut modifier l’horloge biologique et entraîner des troubles, dont certains sont apparents et se manifestent dans les comportements individuels au travail notamment ou pendant la conduite». Ces personnes sont, ainsi, «plus exposées aux accidents». Six heures ou moins de sommeil par nuit multiplient par trois le risque d’un accident de la route, selon des données de la fondation américaine National Sleep Foundation. Selon une recherche effectuée à la Manchester Metropolitan University, «même une seule nuit de mauvais sommeil porte préjudice à la coordination œil-volant».
Pour le Dr Latafi, certains déséquilibres sont internes et entraînent un changement hormonal, une sécrétion d’insuline, voire un impact sur la mémoire. «Nul doute que l’état psychique est intimement lié à l’état physique. Les veillées abusives et continues durant tout le mois du jeûne ne font qu’affaiblir le corps humain, qui a besoin de sept à huit heures de sommeil toutes les vingt-quatre heures», précise-t-il. Et de l’avis des neurologues, «la fatigue physique ou la nonchalance du jeûneur mal endormi ont de mauvaises répercussions sur le système nerveux, lequel commande toutes les facultés de l’individu». Ne maîtrisant pas parfaitement l’ensemble de ses capacités mentales, «le concerné devient à des moments précis de la journée assez dépressif», selon la même source. L’on comprend, de ce fait, pourquoi le nombre des accidents de la route augmente durant ce mois. D’ailleurs, pour prévenir contre les dangers, les autorités sanitaires et la délégation nationale de la sécurité routière initient une campagne de sensibilisation aux conséquences graves, parfois néfastes, engendrées par le manque ou le trouble du sommeil.
Samira Azzegag