Les Algériens et les dépenses du Ramadhan : Compulsifs ! 

On n’appréhende pas le Ramadhan à cause des affres de la faim ou de la soif. Le mois génère surtout beaucoup de dépenses. Les tentations sont nombreuses et on se fait davantage plaisir et les prix s’envolent. Dans  un contexte de difficultés sociales et économiques, il devient de plus en plus difficile d’y  faire face. Même les associations  ont réduit leurs aides car la générosité n’est plus ce qu’elle était. Chacun compte ses sous. Mais il existe des personnes qui s’en sortent. Elles  arrivent, nous disent elles, à dépenser moins. Comment font- elles et qu’est-ce qui empêche les autres d’en faire de même ?Dans ce dossier qui traite de la gestion par les Algériens de leur budget, nous donnons aussi la parole à un économiste et à un sociologue. Ce dernier recommande surtout d’avoir un comportement rationnel.

Passer de l’ascétisme à l’orgie de la bouffe, voire à la foire commerciale est un pas que n’auraient pas franchi nos aïeux, peut-être même nos plus proches ascendants. Et s’il est vrai qu’entre des générations les temps ont changé, il n’en demeure pas moins que l’un des piliers, le quatrième, de la religion musulmane n’a pas varié d’un iota et se situe désormais bien loin de toute forme d’humanité au regard des images et séquences qui nous sont quotidiennement renvoyées par des cohortes de jeuneurs prenant d’assaut des commerces prestant tout ce qui est en rapport à l’alimentation et, deux fois plus qu’une, s’il s’agit de sucreries, confiseries et toutes autres gâteries, dépensant sans compter sans retenue et surtout sans pudeur. Cela, au moment même où, envers des décors, comme pour titiller la mauvaise conscience de ces derniers, des images désormais coutumières de mains tendues de femmes, vieillards mais aussi des enfants viennent prendre à contre-pied l’irrévérence faite au fondement précédemment évoqué. Les jeuneurs omettant superbement le verset 31 de la sourate Al-Araf du Coran où il est dit  «Ô enfants d’Adam, dans chaque lieu de salat (prière) portez votre parure (habits). Mangez et buvez et ne commettez pas d’excès, car Allah n’aime pas ceux qui commettent des excès». Et tout comme pour le travail où les salariés arrivent tard et partent tôt, les excès de consommation pour ne pas dire carrément la gourmandise mis à l’index prêteront malheureusement chaque fois à débat dans la mesure où prévaudront des interprétations à l’avenant de textes religieux bâtis sur la mansuétude, loin de tout dogmatisme et, bien au contraire, d’une grande limpidité.
Toutefois cette absence de rapport à la spiritualité n’induit pas ipso-facto à une stigmatisation générale des attitudes pour impliquer de manière arbitraire l’ensemble de la société… Loin s’en faut car, à l’évidence, ils s’en trouvent des pans entiers de personnes et beaucoup même qui font du mois de Ramadhan et de ses obligations le moyen de descendre d’un piédestal non pas pour une fallacieuse raison consistant à se tester physiquement pour certains et se lifter à moindre coût pour d’autres. Non ! bien des gens et ils sont nombreux qui pratiquent le jeûne parce qu’ils ont une perception tout à fait linéaire et orthodoxe des textes religieux au moment où, sans faire dans un profond prosélytisme, d’autres font le choix de perpétuer un modus-vivendi dont ils ne veulent pas perturber le cours habituel tant il est vrai que des comportements négatifs le mois sacré de Ramadhan sont devenus synonyme de bouleversement.
En attendant, chaque année qui arrive véhicule un lot d’attitudes et comportements qui éloignent de plus en plus les générations actuelles et vraisemblablement celles à venir des usages de leurs ascendants. En effet, c’est au lendemain de chaque jour qui passe, et les médias en sont là pour témoigner avec une régularité de métronome, que se constate l’énorme gaspillage résultant de la folie de la veille. Acheter beaucoup pour jeter ensuite, est-ce de l’ascétisme ?
Abdelhamid Lemili