Les artisans de la mémoire

Saliha Aouès
De ce que l’Algérie a subi des affres du colonialisme. De ce que les Algériens ont enduré des sévices de l’administration coloniale. De ce dont les générations qui ont vécu et nées sous l’occupation ont retenu. Il y a des images enfouies au fond des mémoires impossibles à effacer. A ne jamais oublier. Au-delà des dates commémoratives se rapportant à la guerre de libération et d’avant son déclenchement, il y a ces témoignages tel un témoin que des femmes et des hommes ont passé à ceux qui vivent l’indépendance, qui en savourent les fruits, et qui en retiennent des bribes, écoutées ça et là. D’où ce soubresaut utile et pratique de passer à l’écriture de l’histoire. Recueil de témoignages écrits et sonores à préserver et à laisser en héritage aux Algériens pour mémoire. Cette mémoire faillible au fil des temps, amoindrie par les années, titillée par l’âge… Aussi est-il si nécessaire de léguer ce qui doit se conserver pour ne pas le perdre. Le sauvegarder de la négligence. Lui épargner les vicissitudes, le cumul des années contre l’oubli.
Des citoyens jaloux du passé de l’Algérie cumulent des archives personnelles. Il y en a parmi eux qui font don de leur richesse historique. D’autres en font bon usage, en les offrant pour en faire des livres, des films et même des expositions. Des contributions qui aident à enrichir des documents de première main, en des éclairages utiles pour mieux comprendre ce qui s’est passé. Afin de mieux appréhender l’avenir. Une nation ça s’édifie avec son présent mais aussi par son passé. Y revenir est un devoir. Le glorifier au présent est un honneur. L’assurer pour l’avenir est une exigence.
Et il y a pour cela les ouvrages, les productions audiovisuelles, la numérisation de documents aujourd’hui. Mais il est surtout ces musées et autres établissements historiques qui font œuvre utile. Des centres qui recèlent dans leurs armoires, étalages, étagères et tiroirs les repères des années de braise. D’une Algérie certaine. Celle qui a de par le monde forcé l’attention, le soutien et la solidarité. Parce qu’un peuple a décidé d’en finir avec l’oppression coloniale, l’une des plus puissantes au monde. Un soutien indéfectible à une autodétermination qui avait déjà enclenché la machine de la libération à la force de ses bras, de ses convictions et de son amour pour le pays. Aujourd’hui, dans ces musées et ces centres, il est plus qu’une trace des artisans de la révolution. Il est une mémoire que nul ne peut effacer tant qu’il y a d’autres artisans pour se faire gardiens de l’Algérie sacrée.
 S. A.