Les enfants de la Révolution se souviennent : Il était une fois la longue nuit

«Les enfants de la Révolution se souviennent» est le titre du nouveau projet de livre du chercheur en histoire Mohand Arezki Ferrad, présenté lors d’une rencontre organisée, ce mercredi au Forum du journal El Moudjahid à Alger. S’inscrivant dans le cadre de la célébration du 60e anniversaire du recouvrement de la souveraineté nationale, cette rencontre a coïncidé avec la date du 1er juin, dédiée à l’enfance.

Le livre qui sera édité incessamment par le ministère des Moudjahidine a vu la collaboration de 25 chercheurs et historiens. Chacun apporte son témoignage de la Guerre de libération nationale. «Je me souviens comment mon défunt père est mort, et comment nous nous sommes retrouvés dans les camps de concentration, juste après le bombardement de mon village», raconte le conférencier. «La guerre a volé notre enfance, mais a fait de nous des hommes qui ont participé à la lutte, bien que nous portons toujours en nous des blessures inguérissables», dit-il. «Je n’ai pas connu l’affection paternelle, d’ailleurs je ne sais toujours pas où a été enterré mon père, d’où mon envie d’écrire pour transmettre aux générations montantes», ajoute-t-il. Fier de son œuvre, il lit la préface que lui a écrit son professeur, le grand historien Nacereddine Saïdouni : «Le livre est un assemblage vivant qui défend et glorifie la mémoire de l’Algérie, et qui fait revivre les souvenirs de la guerre de Révolution et de ses hommes, et les 25 témoins ayant apporté leur apport sont le reflet du miroir du passé, à travers un récit réel, sincère et innocent loin des archives.» Parmi les participants à l’écriture de ce livre figurent Lahbib Saieh, Bachir Frik, Halima Djeghroud, Khelifa Benkara, Rabah Khedoussi, Mohamed Bouâazara, et autres. Tous ces docteurs, professeurs et historiens, sont issus des différentes régions du pays, dont Constantine, Tlemcen, Tébessa, Oued Souf, Bejaïa, et Tipasa.
L’honneur sauvé
Le témoignage du professeur Bachir Frik est inspiré de ses mémoires. Il raconte quelques faits qui ont eu lieu aux Aurès. «Je me souviens des batailles et du passage des hélicoptères par-dessus les montagnes, causant le décès à plusieurs moudjahidine, le massacre du bétail et les enfumades», se remémore l’intervenant. Il se souvient aussi d’une anecdote, celle de Lalla Zineb épouse de Mustapha Betam, ancien directeur du musée du Moudjahid, qui, par son courage et sa bravoure, a sauvé l’honneur de sa famille, en défendant sa «rivale» (seconde épouse de son mari), qui a failli être enlevée par les soldats français. De son côté, le professeur Khelifa Benkara estime que «tous les témoins sont les gardiens de la mémoire, d’où l’importance des récits pour permettre à la nouvelle génération d’avoir une idée sur le vécu de celle qui les a précédée». «Je ne me rappelle pas beaucoup de la guerre de libération, mais je retiens quand même que nous essayions de résister avec le peu de moyens que nous avions, et nous tenions tête aux soldats du colonialisme avec des branches d’arbres, des cailloux et des gourdins pour essayer de les maintenir au loin», dit-il.
Rym Harhoura