Les roses : Dur, dur de les produire

La gérante de la boutique Panier fleurs, Aïcha Nissala, rappelle qu’il est très dur, pour ne pas dire impossible, de produire les roses en Algérie. Pourtant, le climat et la qualité de la terre s’y prêtent pour la production de ce type de fleurs.

«Je suis issue d’une famille d’agriculteurs, je m’y connais dans ce domaine. Mais celui des roses, c’est autre chose. Cultiver ces fleurs exige un savoir-faire et une technique très spéciale qui n’existent pas dans notre pays», fait savoir la propriétaire. Dans certaines pépinières, signale-t-elle, la rose est, certes, cultivée, mais elle est de très basse gamme. «On peut planter ces roses dans les jardins et les mettre dans des pots pour décorer les fenêtres ou les terrasses, mais pas pour les offrir comme cadeau. Pour cela, nous ne choisissons que les roses de première qualité, qui ne se fanent pas rapidement et qui sentent bon. Or, les pépinières ne peuvent pas fournir ce type de qualité», rapporte-t-elle, confiant avoir déboursé 400.000 DA pour se lancer dans la production des roses. Elle avait utilisé cette somme pour suivre une formation, en Algérie, sur la production des roses qui s’est avérée une arnaque. «L’encadreur de cette formation nous a promis un stage en Hollande pour apprendre la technique, qui n’est pas enseignée en Algérie. Dans les universités, les instituts, et même dans les écoles privées, la filière relative à la production des roses n’existe pas. Quand j’ai découvert l’existence de cette formation, par hasard, sur les réseaux sociaux, je me suis tout de suite inscrite. Ma déception fut grande quand je me suis rendu compte que cette formation est une pure arnaque», raconte-t-elle, signalant qu’elle n’a besoin ni de financement ni de foncier pour se lancer dans ce projet, mais juste d’une formation sur la technique nécessaire. Faire appel à un expert étranger, des Pays-Bas ou de Kenya, des références mondiales dans les roses, coûte très cher. «Cela peut coûter jusqu’à 3 millions de DA pour faire appel à un expert étranger pour apprendre la technique de production d’une seule variété. Si je veux diversifier, cultiver d’autres variétés, ça coûtera beaucoup plus», dit-elle.
Tous ces éléments l’ont découragée et poussée à laisser tomber ce projet. «J’ai essayé par la suite d’obtenir un registre du commerce pour importer des fleurs. Mais les obstacles bureaucratiques sont si lourds que j’ai fini par laisser tomber aussi. Aujourd’hui, tous les fleuristes dépendent de trois importateurs seulement qui couvrent les 58 wilayas», souligne-t-elle. D’ailleurs, elle confie avoir eu beaucoup de difficultés à s’approvisionner en roses à la veille de la célébration internationale de la femme. La quantité qui a été importée, révèle-t-elle, était très réduite et tellement demandée qu’elle a été vendue au marché noir à 2000 DA la rose contre 950 DA dans le circuit formel. «Le prix de la rose a frôlé les 550 DA à l’occasion du 8 mars. C’est trop excessif, même pour nous les vendeurs. Tout cela, pour dire que le marché des fleurs est le plus difficile de tous les marchés», conclut-elle.
Importateurs de fleurs : La pandémie sanitaire est passée par là
La pandémie sanitaire a considérablement affecté le marché des fleurs. Et ça continue puisque, cette année encore, ils n’ont pu importer que des quantités très réduites de roses. «Beaucoup de fleuristes, d’ailleurs, ont fermé. Durant les deux dernières années, la demande a frôlé le zéro. Comme les célébrations collectives des fêtes d’une façon générale étaient interdites, la demande sur les fleurs et sur la rose a baissé d’un cran. Aujourd’hui encore, nous souffrons toujours de la baisse dans la demande», confie-t-il. Il signale que les importateurs fournissent aussi des fleurs, dont les roses, produites localement.
«Mais comme la rose ne pousse pas en hiver, nous l’importons de l’étranger, de Hollande notamment. Ses prix obéissent à la règle de l’offre et de la demande. A l’occasion de la Saint-Valentin, par exemple, les prix de la rose sont excessivement élevés sur le marché mondial», indique-t-il. En matière de qualité, il reconnaît que celle produite localement est inférieure à celle importée. «Ce type de fleur exige une technicité que nous n’avons pas. Il existe toujours des artisans spécialisés dans les fleurs dont le savoir-faire est hérité de leurs aïeux. Mais pas dans la culture de la rose», fait-il savoir. Le nombre d’importateurs en Algérie, rapporte-t-il, est très minime, car le marché des fleurs dans notre pays n’est pas très porteur.
Farida Belkhiri