L’homme qui prenait le pouls de la planète 

Après sa retraite en 2012, Larbi Chaabouni s’était retiré du journal. Mais il est vite revenu à «l’inter» comme s’il était inconcevable d’imaginer les couloirs sans sa mince silhouette et de le croire surtout capable de se détourner des événements qui secouent le monde.

Il avait gardé l’habitude d’arriver tôt pour se concentrer sur la lecture des dépêches et prendre le pouls de la planète. C’est avant de s’astreindre à cet exercice routinier qu’on pouvait parler, discuter avec lui. Ni avant, ni pendant. Notre collègue n’était pas seulement un ancien d’Horizons qu’il a rejoint en 1990. Son nom faisait partie de l’univers de la presse, depuis le début des années1980. Une grande partie de sa carrière, qu’il aimait évoquer, était son passage d’une dizaine d’années à «Révolution africaine», l’organe central du FLN où, hormis les responsables, la plupart des journalistes n’étaient pas affiliés au parti.
C’est une période où il signa de nombreuses enquêtes sur la vie sociale et sillonna le pays pour réaliser des reportages dans des zones montagneuses ou désertiques, souvent en compagnie de Dridi, un chauffeur de la région de Souk Ahras dont ils ont préservé l’accent et le caractère. «Révaf» avait alors retrouvé son lustre perdu et Chaabouni fut un des reporters qu’elle chargea de suivre l’actualité africaine. C’est à ce titre qu’il se rendit au Mozambique confronté aux contre-révolutionnaires de la Renamo puis au Burkina Faso. En août1989, il séjourna à Berlin-Est où il revint avec des notes de voyage d’un pays qui s’interrogeait alors sur son destin dans le contexte de la Perestroïka qui emportera l’Union soviétique.

Rêve inaccompli
Outre la gentillesse et la discrétion d’un homme qui venait à bord du bus de Baraki, Chaabouni s’empressait de rendre service à l’un et de calmer l’ire d’un autre. Il avait aussi une sorte de rêve inaccompli. Engagé dans le Mouvement des journalistes algériens au lendemain d’Octobre 1988, il défendait un secteur public performant. Pour lui, c’était seulement ainsi qu’on tient en respect les velléités d’enrichissement de patrons de médias dont il dénonçait, à l’occasion, les accointances avec des milieux étrangers. A ce titre, il était un farouche opposant de la thèse du «qui tue qui».
Enfant de l’Algérie profonde, Tout Larbi, comme on l’appelait, était là dans la défense de l’Etat-nation et du refus des prétentions des terroristes qui, écrivit-il dans une de ses chroniques publiées un jour de Ramadhan 1999, furent défaits par «la résistance patriotique». Au-delà, son souci était la dénonciation des grands de ce monde qui piétinent le légalité internationale et le droit des peuples, notamment en Palestine et au Sahara occidental, dont il suivait la lutte.
Il soutenait ce qu’il appelait «les damnés de la globalisation». Depuis quelques mois, on le savait malade et très fatigué. Toutefois, il passait souvent, en compagnie d’une de ses filles, et son coup de fil matinal était presque quotidien. Il continuait de suivre l’actualité jusqu’à ses derniers instants et envoyait des commentaires. C’était pour lui une manière de tenir à distance et d’oublier la maladie qui a fini par l’emporter.

Son parcours

Larbi Chaabouni est né le 4 juin 1951 à Souk Ahras. Il est père de trois filles. Après l’université, il occupe le poste de conseiller à l’information au ministère de la Culture. Il n’y restera pas longtemps, du 14 février au 30 mai 1979. Il n’était pas fait pour être confiné derrière les bureaux, le journalisme l’attendait quelque part. Et c’est à l’hebdomadaire Révolution africaine, revue connue sous l’appellation de Révaf, qu’il atterrit en bonne et due forme. Il y fera ses classes et y demeurera une dizaine d’années, du 10 novembre 1980 à 1990. Le voilà grand reporter et c’est avec ce grade qu’il arrive au quotidien Horizons pour y travailler du 6 août 1990 au 23 mars 1997, date à laquelle le journal était en liquidation et a fermé ses portes pour un mois. A sa réouverture, Larbi Chaabouni revient à son journal en tant qu’éditorialiste chroniqueur, du 1er avril 1997 au 31 décembre 2011. Le 1er janvier 2012, le journaliste chevronné sera mis à la retraite. Le 1er mars 2012, Larbi Chaabouni réintégrera le quotidien en tant que journaliste collaborateur, il sera commentateur éditorialiste, à l’affût des questions nationales et internationales.