L’incroyable pouvoir de la pub

Nous constatons, avec sidération, durant ce mois de Ramadhan, l’incroyable pouvoir des sponsors et donc de la publicité. Vous ne pourrez jamais soupçonner leur emprise sur les productions des feuilletons et des séries puisqu’ils décident en grande partie de tout, du contenu et même du casting, comprendre qu’ils arrivent à imposer aux réalisateurs des comédiennes et des comédiens.

C’est à peine croyable. Si vous aviez fait attention, jamais un épisode d’une série ou d’un feuilleton ne débute avant d’annoncer la couleur d’un produit d’un des sponsors. Vous êtes en train de suivre l’histoire quand des images des produits de «la propagande» s’incrustent sur l’écran qu’elles occupent pour quelques secondes. Mais lundi dernier en soirée, l’inimaginable s’est produit dans le feuilleton «Yemma», saison 3. Un nouveau épisode commence, Numedia rend visite à l’avocate chez elle et celle-ci prend un paquet de couches culotte et en change une à son bébé. C’est l’illustration de la force du sponsor, réussir à intégrer son produit dans la fiction. C’est grave, très grave.
Un grand comédien nous racontait récemment ce curieux phénomène pour avoir assister à ce type de contrat contre nature où tout se négocie pour que le sponsor fructifie sa participation au budget de la production. Le choix des comédiens, des correctifs apportés à l’histoire et même les choix des décors. C’est grave, très grave même. Il est inconcevable que des réalisateurs se taisent face à cette honteuse pratique. Autre temps, autres mœurs, mais il y a une ligne rouge à ne pas franchir.
Après la révélation de cette pratique, que reste-t-il à dire des productions du mois de Ramadhan. Le pouvoir de l’argent a mis sous terre un journal de qualité, allons-nous laisser les commerçants souiller la création artistique sans réagir. Non, nous dénonçons ce viol qui ne dit pas son nom, par respect à la noble fonction d’artiste et de créateur.
Dans le registre des regrets, c’est aussi découvrir le grand acteur Nabil Asli faire des pitreries dans la peau d’un vieux dans la série «Dakyous et Makious». C’est vrai qu’avec son comparse, les saynètes suscitent le rire, mais pas plus. Sur grand écran, dans des productions cinématographiques, Asli, explore et décroche des prix à l’international. Il a commencé avec «Harraga» de Merzak Allouache et a enchaîné avec «Le repenti» et «Normal» du même réalisateur. Il a décroché le premier rôle dans «La preuve» d’Amor Hakkar, «Kendil en bahr» de Damien Ounouri aux côtés d’Adila Bendimerad et récemment dans «Sœurs» de Yamina Benguigui, tourné en 2020 avec Isabelle Adjani, Rachida Brakni, Fettouma Ousliha, Maïwen et Hafsia Herzi.
Vivement alors le grand écran même si c’est par intermittence!
Abdelkrim Tazaroute