L’industrie pharmaceutique se spécialise: L’aube d’une nouvelle ère

L’industrie pharmaceutique est entrée dans une nouvelle phase : celle de la fabrication de médicaments exigeant un savoir-faire pointu.  Après le groupe public Saidal, qui s’est lancé dans la production de traitement contre le diabète et le cancer, d’autres laboratoires se sont mis de la partie. Encouragées par une politique de l’Etat qui fait désormais la part belle aux investissements, ces entités ont entamé des partenariats pour satisfaire la demande grandissante du marché national en ces produits. Il faut dire que pour une industrie nouvellement lancée, cela est un formidable saut tant en termes de qualité qu’en savoir-faire. Il était temps.
Fruit de réformes structurelles engagées au début des années 1990, l’industrie pharmaceutique algérienne s’est progressivement développée, deux décennies durant, pour atteindre, aujourd’hui, un niveau de croissance non négligeable. Autrefois fortement dépendant des marchés extérieurs, le secteur du médicament national est pourvu, depuis quelques années déjà, à hauteur de 70% de produits pharmaceutiques localement fabriqués. L’on se rappelle les faramineuses sommes, atteignant plusieurs milliards de dollars, que le pays déboursait en factures de médicaments importés.
De nos jours, le recours à l’importation n’est permis que pour approvisionner le marché en médicaments qu’on ne produit pas ou lorsque les volumes qui sortent des usines ne suffisent pas à couvrir les besoins. Des milliards de dinars sont ainsi économisés, au grand dam d’un lobby qui n’a cessé, des années durant, de s’enrichir sur le dos des malades, des professionnels de la santé et de l’économie nationale. Cependant, avouons-le, les considérations économiques ou financières importent peu pour un malade qui ne trouve pas, dans une officine, le médicament prescrit par son médecin. Pour lui, le plus important est de pouvoir se traiter et qu’on ne lui dise surtout pas que «le médicament est en rupture de stock».
C’est d’ailleurs ce phénomène de pénurie qui a amené les pouvoirs publics à revoir, maintes fois, le mécanisme de distribution et le fonctionnement du marché, notamment en ce qui concerne le processus d’enregistrement des médicaments, souvent décrié pour sa lourdeur administrative par les opérateurs du secteur. Car sur la sphère productive, la situation s’est sensiblement améliorée. Laboratoires et unités de fabrication nationales et étrangères arrivent à assurer une grande partie des besoins nationaux en médicaments.
Cette production, même si elle demeure en deçà des capacités dont ils disposent, s’aligne progressivement sur les standards internationaux, si bien que certains d’entre eux se sont même lancés dans la fabrication de produits pharmaceutiques considérés aujourd’hui comme stratégiques, comme l’insuline pour le traitement du diabète, le vaccin anti-Covid-19, ou encore les médicaments anticancéreux.
C’est dire l’efficacité des mesures prises par les pouvoirs publics en faveur de ce secteur, étroitement lié à la sécurité nationale sanitaire, mais aussi l’engagement affiché par les opérateurs pharmaceutiques qui n’ont pas lésiné sur les moyens pour investir davantage et lancer de nouvelles lignes de production. Il reste, cependant, à promouvoir la recherche scientifique et la biotechnologie, l’Algérie étant très en retard dans ce domaine.
Pour ce faire, des initiatives ont vu le jour, il y a quelque temps, visant à asseoir une coopération durable avec des firmes internationales reconnues dans la recherche et la pharmacologie. Un pôle à Sidi Abdellah, près d’Alger, devait même abriter des unités dédiées à cette activité, mais, à ce jour, ces initiatives en partenariat avec les Américains sont demeurées sans suite.
Lyes Mechti