Lounis Hammachi, président de l’Association des apiculteurs de Bejaïa : «Il faut une volonté politique pour développer la filière»

Dans cet entretien, Lounis Hammachi  expose les principales causes de la raréfaction  du miel. Il évoque aussi les mesures qui doivent être prises pour limiter la disparition des abeilles.

 

Partout dans le monde, les insectes pollinisateurs, notamment les abeilles,  sont en voie d’extinction. Quelle est la situation exacte en Algérie ?
La menace est mondiale, et l’Algérie n’est pas en reste. Les abeilles sont des acteurs de la biodiversité dont la  présence est indispensable à la pollinisation des espèces de plantes à fleurs. De ce fait, elles contribuent au maintien d’une flore diversifiée.
Quelles sont les causes de ce déclin ?
 Outre les incendies, nous pouvons citer les changements climatiques, la pollution sous toutes ses formes, la prolifération des insectes ravageurs, l’utilisation abusive des insecticides et des pesticides par les agriculteurs. Ce sont là les principales causes de l’effondrement des colonies d’abeilles. Depuis quelques années, nous assistons à une mortalité inexpliquée  des abeilles.  Les chercheurs parlent de nosémose, un champignon à l’origine d’une maladie qui touche le tube digestif.
Quels sont les principaux facteurs qui entravent le développement de la  filière dans notre pays ?
La  filière ne peut se développer sans une réelle volonté politique. Il est vrai que les autorités consacrent des sommes importantes pour booster celle-ci, mais sur  le terrain, nous avons constaté que ces aides ne sont pas bien réparties.  Même en l’absence de données et de statistiques, nous pouvons dire qu’elles ne sont pas rentabilisées.  Nous déplorons également un manque de textes de loi.  Dans d’autres pays, une distance de six kilomètres doit être maintenue entre deux élevages d’abeilles pour éviter la transmission des maladies. Chez nous, la réglementation est vague et ne prend pas en considération certains détails, pourtant d’une importance capitale. Quant à l’utilisation des pesticides et des insecticides par les agriculteurs, aucun texte de loi ne les oblige à respecter les horaires et les périodes de traitement.
Quelles seraient la solution ?
Si nous continuons à ignorer toutes ces menaces, nous risquons de perdre,  d’ici peu de temps, le cheptel apicole. Il est temps de multiplier les journées de formation et d’information au profit des apiculteurs et des agriculteurs. L’Etat doit renforcer le contrôle de la qualité des traitements. Je lance aussi  un appel aux apiculteurs pour éviter l’utilisation de traitements non homologués et peu chers, comme l’anti-varroa qui lutte contre les acariens.
 Au lieu de donner chaque année des milliers de ruches, nous proposons aux autorités de consacrer plus d’argent à  l’achat de traitements de qualité.
Entretien réalisé par Samira Belabed