Lutte contre la corruption : La guerre est déclarée

Aux grands défis, les mesures qui s’imposent. Faisant de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, dans l’objectif d’assainir le pays de ce fléau destructeur, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, joint l’acte à la parole en déclarant ni plus ni moins la guerre à la corruption. Lors du dernier Conseil des ministres, le chef de l’Etat a décidé d’un certain nombre de mesures d’une importance capitale dans la stratégie de lutte. C’est ainsi qu’il a ordonné notamment la création d’une instance pour enquêter sur l’enrichissement des fonctionnaires.

Les dernières instructions du président de la République, la création notamment d’une nouvelle instance pour enquêter sur l’enrichissement des fonctionnaires publics, sont une véritable déclaration de guerre contre la corruption. La lutte contre la corruption prend forme. Le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, est plus que jamais décidé à combattre ce fléau, assurant que l’Etat va poursuivre la lutte contre la corruption à travers la moralisation de la vie publique, la consolidation de la bonne gouvernance ainsi que la consécration de la transparence et de l’intégrité dans la gestion des deniers publics. Lors du dernier Conseil des ministres, le Président ne s’est pas contenté d’examiner le projet de loi portant sur la lutte contre la corruption, mais a donné des instructions fermes afin d’accélérer la mise en place d’un nouvel organisme, la haute autorité de transparence, de prévention et de lutte contre ce fléau. Mais surtout des instructions pour intensifier les actions préventives de lutte, en définissant notamment les nouvelles conditions relatives aux annonces des marchés et des appels d’offres dans les journaux. Pour la création, également, d’une nouvelle instance pour enquêter sur l’enrichissement des fonctionnaires publics, sans exception, à travers des procédures légales et rigoureuses pour la lutte contre la corruption et l’identification de l’origine de leurs biens. Des consignes que les experts saluent, tels que le consultant international en économie Abderrahmane Mebtoul.
Des actions concrètes sont impératives, selon lui, dans la lutte contre la corruption qui constitue une atteinte à la sécurité nationale et bloque tout processus de développement. «Cependant, le contrôle ne saurait se limiter à des actions conjoncturelles. Ces dernières devraient s’inscrire dans le cadre d’une vision stratégique afin de s’attaquer aux causes et non seulement aux conséquences», estime-t-il. La Cour des comptes, d’après lui, a un grand rôle à jouer. Si elle est dynamisée, elle exercera un meilleur contrôle pour réduire les causes de la corruption.
 «Si cette Cour avait assumé son rôle comme il se doit, les pratiques de la corruption n’auraient pas pris de l’ampleur. Prévenir, c’est toujours mieux que de punir. D’autant plus que la coercition bloque toutes les initiatives créatrices chez les agents relevant surtout du secteur d’Etat, amplifiant le poids de la bureaucratie et de la sphère informelle», souligne-t-il. Pour lui, la corruption trouve fondamentalement son essence dans les dysfonctionnements des appareils de l’Etat. Dans ce contexte, il estime nécessaire de faire la différence entre l’acte de gestion et les pratiques de la corruption afin d’éviter la démobilisation des managers. «Il ne faut pas se tromper de cible. Il faut faire la différence entre stratégie et tactique. Il s’agira, entre autres, de différencier les surfacturations en dinars (pour des projets ne nécessitant pas ou peu de devises) et les surfacturations en devises. Ne pas se tromper donc entre la sphère d’agents reliés uniquement au marché interne et ceux opérant dans le commerce extérieur, où certains opérateurs s’adonnent à des pratiques de corruption avec la complicité d’agents étrangers», indique-il en prévenant, néanmoins, que certains opérateurs économiques opèrent dans les deux sphères. La lutte contre la corruption, conclut-il, n’est pas juste une question de lois, l’Algérie détenant les meilleurs textes juridiques au monde. Mais de combattre aussi les pratiques sociales exercées quotidiennement en faveur de ce fléau et cerner l’essence du «terrorisme» bureaucratique.
Farida Belkhiri