Mahmoud Boudarène, psychiatre : «Les addicts sont des personnes anxieuses et mal dans leur peau»

La prise en charge des addicts aux psychotropes devrait intervenir en amont en créant un véritable obstacle entre les personnes fragiles et les drogues. C’est la préconisation majeure du Dr Mahmoud Boudarène, psychiatre exerçant à Tizi-Ouzou.

Qu’est-ce qui pousse les jeunes à consommer des psychotropes en dehors des prescriptions médicales?
C’est le besoin de trouver du plaisir. Ceux qui prennent les psychotropes n’ont pas accès aux autres drogues ; donc, ils consomment ce qu’ils ont sous la main.
Ces consommateurs ont-ils un profil particulier?
C’est le profil de la personne qui a des conduites d’addiction et d’intoxication aux substances. Ce sont des personnes qui sont a priori normales, mais qui se retrouvent à consommer des drogues. Certains en deviennent des addicts. Mais en général, ceux qui sont à la recherche de psychotropes sont des personnes anxieuses, mal dans leur peau. En se droguant, Ils cherchent l’apaisement, la tranquillité, le plaisir.
Est-ce qu’il y a possibilité de sortir de l’addiction aux psychotropes ?
Si on arrive à trouver des substituts efficaces à la drogue, on peut s’en sortir. Mais  généralement, c’est difficile parce qu’il faut changer de milieu, car ceux qui prennent ce genre de substances se droguent en groupe. Ce sont en général des polytoxicomanes. Ce qui sous-entend l’impérieuse nécessité à ceux qui souhaitent s’en sortir de quitter cet environnement. Souvent, la prise en charge requiert un autre milieu, puisqu’il faut éloigner la personne addicte de son environnement et lui trouver des substances de substitution qui peuvent l’aider à supporter le manque. L’activité physique fait aussi partie de la thérapeutique car le cerveau fabrique des endorphines qui sont des substances qui ont des effets similaires aux psychotropes.
La prise en charge des toxicomanes peut-elle aussi relever de l’institutionnel ?
Oui, mais il faut agir sur plusieurs paramètres. Il ne faut pas uniquement agir sur les drogues, mais l’idéal est de s’éloigner des milieux où on en consomme. Il faut créer un obstacle entre l’individu fragile susceptible de devenir toxicomane et la substance. En plus de cela, il faudrait créer un environnement favorable à l’épanouissement des jeunes pour qu’ils vivent dans le bonheur, sans angoisse. Dans ce cadre, il y a nécessité de leur assurer du travail, des loisirs.
Quid du rôle du milieu familial ?
Oui, les personnes qui sont à l’étroit chez eux vont chercher le confort dans la rue, en quête de drogues. Il faut leur assurer des facilités sociales, des loisirs, leur ouvrir des salles de cinéma, de théâtre et de sports. Il faut aussi qu’il y ait plus de répression dans la lutte contre ce fléau. Tout comme il faut de la pédagogie et la création d’associations pour aider et soutenir ces personnes.
F.Z.H