Manque d’antibiotiques : Les pharmaciens sont aussi responsables

Le président du Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP), Nour Eddine Mettioui, a indiqué que la responsabilité de la rupture du stock des antibiotiques, constatée au cours de ces derniers mois, soit depuis la crise sanitaire, est partagée.

Lors de la 1re journée régionale de pharmacie tenue ce mercredi à Alger, consacrée à l’avenir des métiers du secteur, il a estimé que les patients et les producteurs ne sont pas les seuls mis en cause dans cette rupture, mais certains pharmaciens également. «Depuis que les citoyens savent que les antibiotiques sont prescrits dans le traitement anti-Covid, ils en achètent en grandes quantités pour les stocker au cas où ils seraient contaminés. Certains pharmaciens leur en fournissent alors qu’ils ne devraient pas et d’autres, ceux que j’appelle les pharmaciens au bras long, les stockent à leur niveau», a-t-il signalé. Il a exhorté la corporation à ne pas vendre les antibiotiques à tort et à travers car leur utilisation abusive causerait une catastrophe sanitaire. «A force d’en abuser, on développe une résistance aux antibiotiques. Il faut savoir que dans les cas covidés, les antibiotiques ne sont pas automatiquement prescrits. Ils ne le sont que pour les cas graves pour éviter les infections pulmonaires», explique-t-il. En matière de fabrication de ces médicaments, il a souligné que si elle a diminué, c’est parce que la production des matières premières au niveau mondial a baissé depuis la pandémie.
Lutter contre le «banditisme» dans la profession
Pour ce qui est de la vitamine C et du zinc, il a fait savoir que des études ont démontré qu’ils ne sont  pas vraiment efficaces contre la Covid-19. «Ça reste, cela dit, des compléments alimentaires, c’est toujours bon de les prendre sans en abuser toutefois. Le paracétamol reste le médicament le  plus efficace. Mais le moyen le plus sûr de contrer le virus, c’est le port du masque et la distanciation sociale», a-t-il assuré. Et d’appeler l’ensemble des pharmaciens à lutter contre le «banditisme» qui sévit dans la profession. Ne pas laisser également les faux pharmaciens s’y ingérer. «Nous sommes en quête d’une pharmacie moderne et non de science fiction», conclut-il. Le Pr. El Mansouria Nebchi, présidente de la section ordinale régionale des pharmaciens d’Alger, déplore que 90% des pharmaciens travaillent dans les officines, négligeant les autres métiers, nombreux, et d’avenir. «Le métier de pharmacien ne se limite pas aux officines et aux pharmacies centrales. Il est élargi aux études cliniques, biologiques, en matière de production, de recherche et développement, aux affaires réglementaires, à la pharmacie industrielle», dit-elle. Ce sont là les métiers, selon elle, dont l’Algérie aura besoin à l’horizon 2030. Elle espère, en outre, que les pharmaciens soient autorisés à administrer l’ensemble des vaccins et non seulement l’anti-Covid-19.
Farida Belkhiri