Manque de prévisions et de coordination sur les marchés: Le «monopole» pointé du doigt

Le manque de prévisions sur les marchés, l’absence de communication et de coordination entre les secteurs commerciaux sont les premières causes de l’instabilité des prix, estime le président de l’Association algérienne pour la protection et l’orientation des consommateurs (Apoce), Dr. Mustapha Zebdi, qui assure que la flambée des coûts de certains produits alimentaires aurait dépassé les 40%.

Le ministère du Commerce, pour expliquer cette flambée, pointe du doigt le facteur de la spéculation et la rareté de certains produits jumelés à la hausse des prix du blé tendre importé. Le Dr Mustapha Zebdi pense, quant à lui, que la hausse a délibérément été provoquée par « le monopole de certains opérateurs qui profitent de la conjoncture actuelle pour multiplier leurs bénéfices ». Selon le président de l’Apoce, la hausse atteindrait presque 50% sur une large gamme de produits dans tous les segments. Elle serait, évalue-t-il, essentiellement due au manque de prévisions sur le marché, l’absence de communication et de coordination entre les secteurs, notamment celui du commerce avec l’OAIC. «Sans marges bénéficiaires plafonnées, l’instabilité des prix sera permanente», dira-t-il en substance. Zebdi relève que le prix doit être fixé chez le producteur, agriculteur soit-il ou industriel, pour mettre fin à la spéculation, sans quoi, la hausse serait constante. «Les défaillances à ce niveau ont entraîné des marges bénéficiaires déréglées et déraisonnables, atteignant parfois les 100%», a-t-il signalé, non sans recommander l’annulation de la TVA sur certains produits essentiels, tels que la tomate en conserve, le café, les pâtes alimentaires et les légumes secs. M. Zebdi soutient que « les arguments avancés par les différents opérateurs économiques concernant les hausses des prix ne sont pas convaincants ». Dans ce contexte, il cite également la défaillance et le retard de réaction des organismes de régulation. «Afin de parvenir ne serait-ce qu’à préserver les produits de première nécessité, il est impératif de mettre en place des mécanismes de régulation», a-t-il rappelé, précisant que son organisation avait déjà fait la proposition aux pouvoirs publics.
Plafonnement des prix et suppression de la TVA
Les différentes raisons derrière la flambée des prix observée récemment au niveau des marchés sont identifiables selon notre interlocuteur. Pour y remédier, leDr Zebdi estime qu’il faudra plafonner la marge bénéficiaire. «Puisque le coût initial du produit est variable en fonction des périodes et de plusieurs autres facteurs, la marge bénéficiaire devra être déterminée au préalable par le producteur et non par les intermédiaires », a-t-il indiqué. Il propose également de réduire ou d’annuler la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur certains produits de large consommation. «La prolifération de l’informel, la non-déclaration des chiffres d’affaires et les transactions sans factures sont monnaie courante. L’argent censé atterrir au Trésor public n’y parvient jamais, du moins en partie, tandis que le citoyen continue d’en supporter les charges», a-t-il mis en exergue. Pour le président de l’Apoce, certains produits pourraient ne pas être assujettis à la TVA pour contrecarrer l’inflation, aider à limiter la spéculation et préserver le pouvoir d’achat des consommateurs.
Manque de marchés de gros
Pour le président de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC), Zaki Hariz, les marchés de gros à travers le pays n’ont pas été réalisés en totalité. «Ces marchés de gros sont un instrument de régulation par excellence. Ils permettent la distribution continue et assurent la disponibilité des produits tout en favorisant la concurrence», nous précise-t-il. Il ajoutera que le manque avéré de chambres froides contribue fortement à la dérégulation des prix, notamment des produits agricoles qui sont vendus chez les détaillants au double de leur prix. Une spéculation, assure-t-il, pratiquée par la majorité des intermédiaires commerciaux.
Pour réguler le marché, M. Hariz appelle à parachever les projets des marchés de gros et à ouvrir de nouvelles grandes surfaces commerciales. «Ces structures permettront de réguler le marché, impacteront directement sur les prix des produits destinés à la large consommation et d’assurer la disponibilité des produits sur les étals», a-t-il ajouté.
Causes multiples
El Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca), fait remarquer que le marché algérien a connu une hausse sur certains produits alimentaires mais également sur des articles électroménagers et les téléphones mobiles vers la fin de l’année dernière. Il ajoutera que les viandes rouges et blanches, jusque-là épargnées par la hausse, ont été rattrapées par la tendance. Le kilogramme de poulet est proposé à la vente en moyenne à 270 DA.
Selon lui, les causes de ce phénomène seraient multiples. Il cite l’augmentation de la matière première dans le processus de transformation alimentaire, argument repris majoritairement par les producteurs, la dévaluation du dinar, les conséquences de la pandémie, les coûts du transport maritime et des marchandises et la hausse des loyers. Il indiquera au passage que près de 50.000 commerçants et artisans en Algérie ont déclaré faillite depuis le début de la Covid-19, victimes d’importantes pertes matérielles.
W. S.