Maroc : Une chercheuse dénonce «une monarchie exécutive»

Le Maroc vit depuis des années dans sa bulle illusoire d’un mythe de développement, a indiqué une chercheuse marocaine en politiques publiques, soulignant que les préoccupations du régime du Makhzen sont très loin de la réalité des citoyens.
«Le Maroc (…) n’a pas été emporté par la vague de développement, et, lui qui est une terre fertile au développement, vit depuis des années dans sa bulle illusoire d’un mythe de développement», a écrit Ihssane El Omri, étudiante-chercheuse en politiques publiques et développement à l’Université Ibn Tofail au Maroc, dans une contribution intitulée «Au Maroc, l’illusion du développement» publiée sur le site Le Monde arabe.
Selon la chercheuse, «l’économie marocaine est contaminée de maintes lèpres : faible productivité, chômage, capital humain défaillant, mariage du pouvoir et de l’argent, corruption (…) Une économie employée comme un outil de stabilisation politique et d’enrichissement personnel des élites, et n’a pas été perçue comme étant la pierre angulaire sur laquelle se fonde tout un pays».
Une des raisons principales derrière ce retard de développement, précise la chercheuse marocaine, est «la soumission et l’obéissance» exercée depuis l’ère de Hassan II en échange d’une machine à distribuer les privilèges et les opportunités.
Ihssane El-Omri a regretté que «les préoccupations du régime marocain soient très loin de la réalité des Marocains», expliquant que le Makhzen, «absorbé par le conflit du Sahara occidental, est prêt à tout sacrifier pour se sauver la face (…)».  Et de souligner qu’alors que le Maroc se considère comme étant une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale, selon la Constitution de 2011, «la réalité témoigne le contraire, il s’agit d’une monarchie exécutive qui se dote d’une Constitution, qui, malgré les réformes judiciaires relatives à la séparation des pouvoirs, ces derniers convergent vers l’institution monarchique».
Allant encore plus loin, la chercheuse a appuyé sa thèse en citant un grand homme d’affaires d’origine émiratie, bien connu au Maroc, qui a déclaré -selon un document secret révélé par Wikileaks en 2009- que les principales institutions et processus de l’Etat marocain sont utilisés «pour contraindre et solliciter des pots-de-vin dans le secteur immobilier».