Maurice Audin : «Cet Algérien !»

Maurice Audin est l’une des grandes personnalités ayant donné une conception particulière de la vie dans sa dimension humaine, universelle et sublime et se sont sacrifiées pour la cause en laquelle elles croyaient. «Une cause pour laquelle a lutté et s’est sacrifié le chahid Audin pour les prises de position honorables contre toutes sortes d’oppression et d’injustice coloniale», a indiqué le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Laïd Rebiga, lors d’une journée commémorative organisée au Musée national du moudjahid, à Alger.

En hommage à la disparition de Maurice Audin, le 11 juin 1957, un buste représentant le martyr a été inauguré en matinée par le ministre, en compagnie du wali d’Alger, de membres de la famille Audin et de membres d’associations historiques et professeurs à la place Maurice Audin, à la sortie du tunnel des facultés, près de la plaque commémorative, qui était déjà présente depuis plusieurs décennies. Lors du colloque historique, le ministre souligne le courage du combattant pour la cause algérienne et les prises de position de son épouse, amie de la révolution algérienne, la feue Josette Audin. «Le héros Maurice Audin, ce grand homme, est l’un des symboles de la glorieuse révolution de libération, pour lequel nous nous rencontrons aujourd’hui afin d’immortaliser ses grands exploits. Tout son sacrifice lui sera préservé par l’Histoire à la mesure de son courage, de son engagement et de sa détermination. Son nom restera gravé dans la mémoire des générations montantes et celle du peuple algérien, reconnaissant la valeur de sa position envers la révolution de libération, qu’il a adoptée dans la pensée et la méthode et pour laquelle il s’est sacrifié», a déclaré Rebiga, face à une assemblée rehaussée par la présence de Pierre Audin et Lynn Audin ses enfants et Pierre Mansat, président de l’Association Josette et Maurice Audin. Le martyr de la révolution croyait en l’Algérie libre et indépendante, dira le ministre, et a été d’un soutien à la révolution dans ses moments les plus délicats.
Pour Rebiga, le combattant Maurice Audin, qui a choisi l’Algérie comme patrie et comme cause, «est considéré comme l’un des disparus de la révolution de libération nationale». «Ce dossier qui est lié à la mémoire nationale, dont le suivi se poursuit avec ardeur et grande persévérance», affirme le même responsable. Dans ce sens, il réitère le discours du président de la République dans son message au peuple à l’occasion du 60e anniversaire de la Victoire, le 19 mars dernier : «Une destruction massive violente qui témoigne des crimes odieux du colonialisme et qui ne saurait tomber dans l’oubli ni s’éteindre par la prescription.» Ce qui nécessite, estime le ministre, un traitement responsable, intègre et impartial du dossier de la Mémoire et de l’Histoire, dans un climat de franchise et de confiance. «Cette question demeurera au centre de nos préoccupations. Nous poursuivrons sans relâche et sans compromis le parachèvement de nos démarches en insistant sur le droit de notre pays à récupérer les archives, à connaître le sort des disparus durant la glorieuse guerre de libération et à indemniser les victimes des essais nucléaires, aux côtés d’autres questions liées à ce dossier», a-t-il martelé.
Selon l’intervenant, le ministère des Moudjahidine et des Ayants droit, en collaboration et coordination avec des structures et organismes, ainsi que les collectivités locales, œuvre pour la recherche et la découverte des restes mortuaires des chouhada. «Nous avons déjà ré-inhumé 1.200 restes mortuaires de chouhada dans la dignité, lors d’une campagne lancée par notre ministère en novembre dernier, à l’occasion de la commémoration du 1er Novembre 1954», a-t-il précisé. Selon Laïd Rebiga, l’opération se poursuit, en exploitant les travaux scientifiques, les recherches et témoignages vivants pour tenter d’identifier les lieux où pourrait se trouver Maurice Audin et tous les disparus durant cette période, de façon individuelle ou collective.
De son côté, Pierre Audin rappellera l’engagement de son père, militant pour la cause algérienne. «Mon père était maître assistant à la faculté des sciences d’Alger en mathématiques. Il avait entamé sa carrière de mathématicien et était en train de faire sa thèse. En même temps, il avait fondé une famille. Il était militant du parti communiste algérien et militait au sein du parti communiste algérien pour l’indépendance de l’Algérie», a témoigné le fils du chahid. Son travail, raconte-t-il, consistait à héberger pour les camarades qui étaient dans la clandestinité. Il s’occupait également du journal du parti. «Mes parents habitaient Alger et se considéraient comme Algériens. Ils ne supportaient pas le colonialisme et toutes ses conséquences sur la population algérienne», a-t-il souligné, précisant qu’ils étaient militants et qu’ils participaient à la distribution de tracts jusqu’au moment où le parti communiste algérien a été interdit.
Puis vint la Bataille d’Alger de janvier à octobre 1957. Les parachutistes français, soit près de 8.000 paras, envahissent Alger et la loi martiale est proclamée. La répression est sévère et les arrestations massives se multiplient. Pour obtenir des informations, l’armée coloniale française recourt à la torture. Plusieurs milliers d’Algériens trouveront la mort. Maurice Audin, son père, est arrêté le 11 juin 1957. Son corps ne sera jamais retrouvé.
Walid Souahi