Mehdi Boukhalfa raconte Bab El Oued : Récit de nostalgie et de colère

C’est un livre d’histoires et de souvenirs,  empreint de nostalgie et de colère, que Mahdi Boukhalfa publie aux éditions « Al Qobia » et qu’il a présenté à la librairie 88 de Didouche Mourad à Alger.

 « La Cantera, il était une fois Bab El Oued »,  ramène son lecteur au tout début de ce quartier mythique d’Alger, un quartier qui a vu naitre et mourir une multitude de personnages, artistes, militants de la cause nationale, sportifs… C’est aussi de son enfance que puise l’auteur pour  redonner vie  aux ruelles, aux cafés et aux salles de cinéma, qu’il fréquentait dans sa jeunesse avec les gens de son âge.
Le déclic se fait  lorsque le marché de Bab El Oued est rasé un 19 avril 2019, au moment où la rue algéroise bouillonnait et que le Hirak battait son plein. Un événement  qui interpelle le sociologue urbaniste Mehdi Boukhalfa. Qui suscite aussi sa colère,  car il estime que ce cœur battant de Bab El Oued est un héritage et un butin de guerre qu’il aurait fallu restaurer et préserver.  C’est de là que l’idée de remettre au gout du jour ce quartier est né dans la tête de l’auteur, d’autant plus qu’il estime que Bab El Oued n’a pas fait l’objet d’un grand nombre d’ouvrage  bien qu’il soit associé de près à l’histoire d’Alger et de l’Algérie.  «  Même les grands auteurs français qui ont vécu en ce quartier n’ont pas écrits sur lui » assène Boukhalfa. Le seul ouvrage retrouvé par Boukhalfa est l’œuvre d’un pied-noir intitulée « Il était une fois Bab El Oued ».  L’auteur présume que si Bab El Oued n’est pas évoqué par les auteurs européens s’est parce qu’il était d’abord habité par « Les sans le sou » venus avec la colonisation.
 L’ouvrage remonte donc aux origines du vieux quartier, bien avant 1830 lorsqu’il n’’était que champs et jardins.  C’est avec les espagnoles que Bab El Oued verra le jour. « Ils se sont installé d’abord du coté de l’actuel    Basetta », déclare l’auteur. Au fil des pages il remonte le cours de l’histoire et s’attarde sur ses années jeunesse, lorsqu’il arpentait avec ses amis les ruelles du quartier. « C’est à Bab El Oued que j’ai découvert la ville », affirme Mehdi Boukahlfa, « je suis natif de la Casbah et j’habitais encore la vielle cité et il m’arrivait de descendre à  Bab El Oued.  L’auteur évoque également la guerre de libération et le rôle  de ce quartier populaire dans le mouvement nationaliste. Le Chaabi, le football, et tout ce qui a fait battre le cœur de Bab El Oued,  seront tour à tour raconté par le livre.
Dans un chapitre intitulé « La gifle, un éveil urbain brutal », il raconte ses premières expériences de la ville. Il décrit cet univers impressionnant qui grouillait de multiples manières.  L’auteur s’attardera ensuite sur les lieux mythiques qui ont fait la personnalité de ce quartier. Il évoque les salles de cinémas, les librairies, les cafés, les écoles, les plages  et autres lieux que tout enfant  de Bab EL Oued fréquente à un moment ou  un autre.
Le coté rebelle de Bab El Oued est également mis en évidence. « Ça a toujours été un quartier ou pullulait la petite délinquance » déclare l’auteur.  Le 5 octobre 1988 est également un événement marquant dans l’histoire de ce quartier et qui a suscité l’intérêt de l’auteur.  Un moment  plus tragique   est évoqué par le livre. Il s’agit des inondations de 2001, un traumatisme qui  a marqué les mémoires de tous les habitants de Bab-El-Oued et d’Alger.
L’auteur fini sur une  pointe d’amertume car il estime que Bab El Oued a perdu de sa splendeur.   Ce qui était « une ville dans la ville » a perdu son âme et s’est fondue dans la masse urbaine de la grande ville. « Les comportements ne sont plus les mêmes, beaucoup de gens ont quitté le quartier et d’autres sont venus et les mentalités ont changé » estime Mehdi Boukhalfa.  Les habitations sont abandonnées et menacent de s’effondrer. « Seule la façade maritime bénéficie de travaux de rénovations réguliers, le reste de Bab El Oued est voué à lui-même sans qu’aucun responsable ne se soucie de sont devenir ».
Hakim Metref