Mémoires de Lakhdar Bentobbal : Daho Djerbal explique le pourquoi de son ouvrage

Les mémoires de Lakhdar Bentobbal sont un ouvrage qui suscite dors et déjà le débat. De part le personnage d’abord, puis de par l’importance du contenu. Un contenu qui retrace le cheminement du mouvement pour la libération de l’Algérie,  raconté par un de ses acteurs les plus significatifs.

L’historien Daho Djerbal, auteur du livre, a animé mardi une rencontre à la libraire des éditions Chihab,  lors de laquelle il est revenu sur les facteurs  qui l’ont conduit, lui et Mahfoudh Bennoune,  à ce travail ainsi que sur des points essentiels contenus dans le livre.
Djerbal explique qu’entre 1979 et 1980 des événements importants ont eu lieu en Algérie. Entre autre la mort de Houari Boumediene et son enterrement ainsi que la réunion du Comité central du FLN. L’enterrement de Boumediene, notamment, et la réaction du peuple, explique Djerbal, avait remis en cause  son regard envers ces hommes «porteurs d’armes». Djerbal déclare avoir le sentiment «d’avoir laissé passer quelque chose et qu’il fallait aller à la rencontre de ces hommes et chercher dans leurs mémoires pour comprendre et connaître la politique et les manifestations du politique dans sa société».
Le choix est porté sur Bentobbal car Mahfoud Bennoune était, à 17 ans,  l’agent de liaison entre la Zone II et le Comité de coordination et d’exécution (CCE) du FLN à Alger. Bennoun avait travaillé avec Bentobbal dans le nord constantinois et était au courant de nombreux événements.
Djerbal souligne que son travail avait fait l’objet d’opposition de la part d’autres historiens qui considéraient que l’histoire ne peut s’écrire qu’à partir de documents officiels et écrits. Que le témoignage oral ne pouvait être une source fiable.  Pour sa part il estime que «devoir écrire à partir des documents officiels d’officiers français, le condamnait à voir l’histoire à travers leurs visions». Cela représente pour lui «une rupture avec ses maîtres et prédécesseurs dans le domaine de la recherche sur l’histoire». Djerbal estime qu’en tant que «professeur et chercheur en histoire il fallait ouvrir aux jeunes générations une nouvelle voie en leur offrant la méthode et les outils nécessaires pour leur travail de recherche».
D’autre part Djerbal relève qu’entre 1962 et 1980 un grand nombre d’acteurs de la guerre de libération avaient disparu sans que nul n’ait pensé à recueillir leurs témoignages. Plus encore «aucune université n’ait ouvert de département pour recueillir et archiver ses témoignages», «Un fonds sur lequel aurait pu travailler les futures générations d’historiens».
Revenant sur le travail avec Bentobbal, Djerbal déclare que durant 6 années il l’a rencontré avec Bennoune, et que chaque entretien était enregistré, puis transcrit et remis à Bentobbal, qui apportait des mises au point. Le livre, tel qu’il a été publié, est fidèle aux propos de Bentobbal et qu’il ne souffre d’aucune omission sur les faits et les dates ou personnes. Bennoune, souligne Djerbal, orientait la discussion car il était lui-même détenteur de beaucoup d’informations et qu’il lui arrivait de les rappeler à Bentobbal lui-même.
Hakim Metref