Mercuriale : Les prix font du yoyo !

Sortis groggys du fatidique mois de Ramadhan, les Algériens ne semblent pas avoir repris leur esprit. Et pour cause : les prix des fruits et légumes souffrent d’une instabilité quasi incurable au grand dam des petites bourses. Les raisons ne sont un secret pour personne. Agriculteurs, distributeurs, associations, responsables centraux ou locaux…, chacun y va de ses arguments, propositions et solutions, mais le fait est imparable : le marché est incroyablement instable.

Les prix des fruits et légumes connaissent une hausse vertigineuse depuis quelques semaines, a-t-on constaté à travers les étals des marchés dans la capitale. Cette flambée s’expliquerait, selon plusieurs commerçants que nous avons approchés, par les produits hors saison dont les prix bondissent sur les marchés de gros. Les ménages, eux, s’inquiètent.
Occupé à ranger son nouvel arrivage de fruits dans le marché Ali-Mellah à la place du 1er-Mai (Alger), Lotfi indique que les prix des grosses pêches vont jusqu’à 250 DA le kilogramme alors que ceux des petites  sont à 200 DA. Pendant qu’il note à la craie blanche les prix de ses fruits, le commerçant explique que concernant les fruits, même ceux de saison, ils sont chers au niveau des marchés de gros. «J’ai moi-même hésité avant de m’approvisionner, de peur que personne ne les achète et de ne pouvoir écouler ma marchandise», a-t-il rétorqué. Selon lui, la cherté des produits serait due aux retombées économiques de la Covid-19. «J’ai appris que les producteurs produisent moins et que les prix de certains engrais importés ont été revus à la hausse», a-t-il ajouté. Interrogé par un client sur le prix élevé des pommes locales à raison de 220 DA en dépit de leur qualité moyenne, Lotfi argue que c’est du fait qu’elles ne soient pas de saison. «Les pommes sont récoltées au début de l’automne. Celles que vous voyez proviennent des stocks frigorifiques et nous nous alignons sur les prix de gros du marché des Eucalyptus», souligne-t-il. Les consommateurs que nous avons croisés se disent «inquiets», voire dépassés. Karima qui faisait son marché compte ses sous. «J’avais pris une certaine somme pour acheter le nécessaire, mais, vraisemblablement, je devrais faire des concessions», nous a-t-elle lancé. Elle estime que les prix des fruits et légumes ne cessent de jouer au yoyo. «Il est devenu très difficile pour moi de me projeter. Je ne sais même pas quand les prix vont augmenter ni quand ils baissent. Nous vivons au jour le jour», a-t-elle renchéri.
Une même tendance haussière est constatée au marché Réda-Houhou d’Alger-Centre. «Les prix ont franchement augmenté pour les légumes, qu’ils soient de saison ou non», admet Souhil, un vendeur. «C’est précisément ceux qui proviennent des serres qui ont vu leur prix augmenter. Ils nécessitent plus de moyens pour l’agriculteur, alors que la demande ne suit pas l’offre», juge-t-il. Parmi les légumes dont les prix restent élevés, selon ce commerçant, figurent le poivron doux à 120 DA ainsi que les haricots verts dont le prix peut atteindre 350 DA le kilogramme.
Pour le jeune Amine qui vend ses légumes dans le même marché, les prix des produits issus des cultures sous serre restent onéreux pour nombre des clients qui passent. Le poivron doux se monnaie aux alentours de 100 DA le kilo, les aubergines et les concombres également au même prix, tandis que les haricots verts sont à 350 DA le kilo. La pomme de terre, elle, est cédée à 60 DA le kilo. «Parmi les prix qui restent raisonnables, l’on peut citer les navets et les carottes dont le prix oscille entre 70 et 90 DA le kilo. Les artichauts aussi sont à un bon prix», estime-t-il. Quant aux tomates, leur prix fluctue régulièrement sur les marchés, fait-il savoir, indiquant que leur prix de gros est actuellement compris entre 70 et 80 DA le kilo. Selon lui, même si certains clients se gardent d’en acheter, ce prix reste raisonnable par rapport à certaines périodes de l’année où son prix a même doublé.
Produits alimentaires : Les prix jouent au yoyo
Les prix des produits alimentaires connaissent depuis des années un déséquilibre récurrent et inexplicable. Les prix des fruits et légumes, des viandes blanches et rouges, des produits agroalimentaires et des céréales ne connaissent aucune limite et ne répondent à aucune loi du marché. Il est fort possible que le désordre constaté dans la régulation des prix est dû aux conséquences induites par la crise sanitaire. Toutefois, l’anarchie persiste depuis des années et les Algériens sont habitués à ces périodes où le marché est brûlant.
Pour en savoir plus, des professionnels des filières agricoles ont tenté d’apporter des explications plausibles. Abordant la filière avicole, il est à noter que les consommateurs, à défaut d’acheter la viande rouge ou les produits de pêche qui sont à des prix vertigineux, se rabattent sur le poulet et la dinde. Et quand les prix de ces derniers flambent, c’est la panique chez les foyers.
Le Ramadhan de cette année a été «le mois de toutes les hausses», selon les commerçants et les consommateurs. Tous les prix sont passés de 50 à 100% de plus. Une situation mal vécue par les familles qui voient leur pouvoir d’achat s’éroder jour après jour. Le président du Conseil national interprofessionnel de la filière avicole, El Moumen Kali, a estimé que les prix des matières premières sur le marché international ont connu une hausse et l’offre a baissé.
«La pandémie de la Covid-19 a des conséquences funestes sur tous les secteurs, particulièrement la production agricole et la disponibilité de certains produits sur le marché international. Les prix des aliments de base dans l’élevage avicole, le soja et le maïs, ont connu une hausse importante, d’où l’abandon de l’activité par des centaines d’éleveurs», a expliqué Kali.
Les fruits et légumes ne sont pas vendus aux prix habituels durant la saison estivale. Le ministre de l’Agriculture avait indiqué, au début du Ramadhan dernier, que les prix retrouveront une stabilité les semaines à venir. Or, on constate des prix pas vraiment attractifs vu que ces produits sont à leur saison. Pour la pomme de terre, les 45 DA promis ne sont pas encore d’actualité. Le kilogramme de ce tubercule est cédé entre 60 à 75 DA.
En attendant une régulation du marché des produits alimentaires et le contrôle des prix, le consommateur est habitué à cette mercuriale instable et brûlante.
W. Souahi et K. Dehiles