Mohamed Achir, économiste à l’université de Tizi-Ouzou : «L’Etat doit revenir à la mission de la grande distribution»

Posant un diagnostic sans concession de l’état du marché national qu’il qualifie de «désorganisé», le professeur Mohamed Achir plaide pour un retour de l’Etat à la mission de la grande distribution.

Comment expliquer les déficits actuels en produits de large consommation à l’instar du lait et de l’huile ?
Ce n’est pas une cause d’offre. Le produit est disponible en quantité suffisante. Le problème est situé en aval. C’est-à-dire en termes d’organisation de la chaîne de distribution. Ce qui sous-entend que le problème se situe  à différents niveaux de la chaîne : des usines et des grossistes jusqu’au détaillant. En ce sens que c’est un problème de commercialisation des produits caractérisé par de la spéculation. La situation du marché en somme s’explique par le fait que nous n’avons pas encore un système national organisé.
Pourquoi est-ce que la régulation de l’Etat n’est-elle pas efficace ?
Il y a des contraintes structurelles qui touchent plusieurs structures économiques et administratives. Nous avons une faiblesse au niveau du contrôle, où on n’entend même pas parler des directions de contrôle des prix(DCP) sur le terrain sachant que ces DCP doivent jouer un rôle très important surtout s’agissant des produits subventionnés par l’Etat. Il y a aussi un problème au niveau du ministère du Commerce dont les services ne se sont pas  encore modernisés. En ce sens qu’on n’a pas encore rendu efficace aussi l’action de la fiscalité et donc de la traçabilité. Il y a lieu également de souligner que les problèmes liés à la facturation démarrent en amont, parce que même les grandes entreprises ne facturent pas.

 

Comment peut-on procéder pour organiser le marché ?
Il faut qu’il y ait un système national basé surtout sur la grande distribution. Il faut savoir qu’en Algérie, le commerce est éparpillé en plus de l’existence de l’informel. Pour organiser le marché, il faut mettre les moyens en aval, c’est-à-dire au niveau de la grande distribution : instituer la traçabilité au niveau de la distribution car la facturation est très importante tout comme il faut instituer le contrôle de toute la chaîne jusqu’aux détaillants. Je pense que l’Etat doit revenir même à la mission de la grande distribution et je plaide en faveur d’un changement des comportements en matière de management et de gestion selon les normes universelles. Sur le plan structurel, il faut aussi prendre en charge la problématique du système des subventions car il encourage les détournements et la spéculation.
Les pouvoirs publics avaient parlé d’une révision du système des subventions pour opérer un véritable ciblage des familles nécessiteuses. Pourquoi cette révision tarde-t-elle à se faire ?
Ce n’est pas facile, on n’a pas encore affiné l’outil statistique pour pouvoir cibler les familles nécessiteuses éligibles à ce genre de mécanisme. Cela prendra du temps d’autant que les produits subventionnés sont sensibles sur le plan politique et leur abrogation peut entraîner des situations de tension.
Fatma Zohra Hakem