Mohamed El Korso, historien : «Il faut cultiver l’esprit du 19 Mai»

Ancien président de la Fondation du 8 Mai 1945, l’historien Mohamed El Korso revient, dans cet entretien, sur la grève des étudiants et ce qu’il faut faire pour maintenir l’esprit patriotique.

Quel est le contexte qui a précédé le déclenchement de la grève ?
Le contexte est avant tout celui de la guerre de Libération, durant laquelle la direction du FLN a toujours voulu mobiliser les énergies notamment des travailleurs avec la création de l’UGTA, des commerçants et des étudiants. La grève a révélé un sens aigu de la conscience politique chez ces derniers. On parle bien souvent des étudiants, mais on oublie les lycéens qui avaient alors 14, 15 et 16 ans au maximum.
Avoir une conscience politique était à la fois évident, car le caractère des étudiants a été forgé par la misère, le racisme et l’exclusion. Or, ce n’était pas évident pour cette catégorie qu’on appelait la petite bourgeoisie. Pourtant, quand on voit, sans citer de noms, que de jeunes étudiantes et lycéennes furent à la pointe de la mobilisation lors de la grève, la maturité était un trait de toute une génération. C’est un élément important à souligner. Quel que soit le statut social, culturel et même linguistique, même ces jeunes d’un milieu favorisé ont tout abandonné pour rejoindre les rangs du FLN et de l’ALN.
Quel a été l’impact de l’événement sur le cours de la Révolution ?
Si on revient aux écrits de Mustapha Lacheraf et Mohammed Harbi, on relève que la guerre de Libération nationale a été prise en charge par les ruraux, les paysans, symboles de force, d’endurance et de haine des colons. Toutefois, ils avaient besoin de parfaire leur formation politique théorique. Des médecins, des infirmiers dont des filles vont prendre en charge cet aspect. Il y a eu une espèce de complémentarité entre les uns et les autres.
C’est aussi un message très fort pour l’administration coloniale qui voulait éloigner de la guerre les élites…
L’administration coloniale avait beaucoup misé en effet sur cette élite en formation. Elle pensait qu’en lui octroyant des diplômes, ces lettrés allaient devenir des fervents de l’Algérie française. Leur ralliement aux mots d’ordre du FLN a révélé le contraire.
Que reste-t-il de l’esprit du 19 Mai ?
Il faut le cultiver, le raviver et l’alimenter par un enseignement d’histoire objectif et serein. Les étudiants doivent savoir ce que leurs aînés ont fait ce jour-là. Malheureusement, nos étudiants sont des assistés sur tous les plans. Ils sont logés, transportés gratuitement et disposent d’espaces pédagogiques de bonne facture. Mais ils n’évaluent pas à leur juste valeur ces sacrifices de l’Algérie indépendante. Je fais allusion à cet étudiant qui, lors d’une conférence, ne s’est pas levé pendant l’hymne national. C’est un affront et il faut s’attendre à des problèmes très sérieux à l’avenir.
Entretien réalisé par Amokrane Hamiche