Mohamed Ifticene, réalisateur et écrivain : «Je raconte une période exaltante et douloureuse»

Ifticene Mohamed est un réalisateur ayant plusieurs dizaines de films à son actif. Il y aborde l’Algérie à travers différents sujets de société et historiques. Aujourd’hui, il se lance dans l’aventure de l’écriture et présente son premier roman «Saga algéroise- Sur le fil du rasoir», paru aux éditions Frantz-Fanon. Il s’exprime à ce propos dans les lignes qui suivent lors de sa rencontre au courant de la 25eédition du salon international du livre d’Alger.

Nous sommes habitués à vous retrouver derrière la caméra, qu’est-ce qui vous a amené cette fois à écrire un roman ? 
C’est tout simplement l’impossibilité de pouvoir tourner le film qui en est la raison. Au départ, ce livre était un scénario de film que j’avais écrit en souvenir de mon vécu à Alger, de la vie à Alger à l’époque de la colonisation. Après, je devais faire ce film-là, je suis parvenu à monter un financement mais par la suite cela n’a pas marché. Je n’ai pas eu les moyens qui soient à la mesure du projet. Je n’ai donc pas voulu me lancer dans l’aventure et plutôt que de laisser le scénario moisir dans un tiroir, je l’ai transformé en livre. Néanmoins, je garde bien sûr toujours le scénario. Maintenant, j’ai le scénario et le livre et je vais essayer peut-être de relancer la machine pour réaliser le film. Cette fois-ci peut-être avec l’étranger car il n’y a plus de moyens.
Comment passe-t-on, d’un point de vue technique, d’un scénario à un roman ? 
C’est simple. Quand vous écrivez un scénario, vous vous attachez à l’image, aux dialogues et aux situations. Quand vous écrivez un livre, vous allez au-delà. Vous avez de l’intériorité qui rentre en jeu, la psychologie des personnages, vous ajoutez des scènes et êtes plus dans le détail et la formulation. Un scénario c’est plus technique et artistique et un livre c’est de la littérature, de l’écriture et de la recherche de style. C’est là que réside principalement la différence. Mais la grande différence fondamentale est que le scénario c’est l’image quand la littérature c’est le message.
À ce propos, quel est le message que vous désirez faire passer à travers ce premier roman ?
On ne peut pas parler d’un seul message car il y en a beaucoup. Quand on lit un livre il y a mille et un messages qui sont véhiculés. Mais principalement, j’ai voulu raconter une saga. La saga d’une famille algéroise à l’époque de la colonisation et après la colonisation. Avec les malheurs et les heurs pendant et après cette période.
Ce roman est donc le premier d’une saga…
Oui, il y aura une suite. Elle s’intitulera «Saga algéroise – La descente aux enfers». L’histoire se déroulera après l’indépendance et s’étalera de la période du terrorisme à celle contemporaine. Cette saga est une fiction qui tire sa substance du vécu. Il y a bien sûr de l’histoire dedans mais pas que. Il y a de la politique, de l’amour, de la joie, de la peine… tout ce qui fait la vie d’un individu et d’une communauté. C’est à la fois la vie d’une famille mais aussi d’une communauté durant toute cette période que nous avons connue. Une période à la fois exaltante et douloureuse.
Entretien réalisé par Sarra Chaoui