Mohamed Laïchoubi, ancien diplomate : «L’Algérie ne risque pas de se retrouver isolée»

Le règlement juste et global de la question palestinienne pour parvenir à une paix et une stabilité globales au Moyen-Orient demeure l’objectif de la diplomatie algérienne. Mohamed Laïchoubi revient dans cet entretien sur la normalisation avec l’entité sioniste qui continue de violer le droit international.

Pourquoi l’Algérie refuse toujours de s’insérer dans le processus de normalisation avec l’entité sioniste ?
L’Algérie a la capacité de tirer les enseignements de ses relations avec les pays qui ont eu à lutter contre le racisme et la discrimination ethnique. Elle est, d’ailleurs, à l’origine de l’exclusion de l’Afrique du Sud de l’ONU dans le cadre de la lutte contre l’apartheid. L’Algérie a une capacité d’être très patiente, contrairement à d’autres pays. Notre diplomatie demeure ainsi très convaincue que les pays qui continuent à encourager toute forme de discrimination sont très nuisibles à terme pour l’évolution des relations internationales. Notre vision demeure, pour sa part, immuable puisqu’elle continue à soutenir les causes justes et la légalité internationale. Ce qui n’est pas le cas pour Israël. Devant cette divergence de taille, la normalisation ne peut, en aucun cas, régler les problèmes qui continuent à envenimer la scène régionale et internationale. Bien au contraire, elle pourrait contribuer à l’aggraver. Lorsqu’Israël décide de normaliser avec un Etat, elle le fait entant que partie dominante et avec l’ambition de faire perpétuer cette position. L’Algérie retient les leçons de son passé, témoin d’une colonisation la plus sauvage. Elle ne peut, par conséquent, avoir des relations diplomatiques avec Israël qui n’a pas changé d’idéologie et encore moins de vision.
Est-ce que la question palestinienne demeure un facteur d’unification pour le monde arabe ?
C’est un souhait. Mais la réalité est toute autre. Il existe aujourd’hui deux positions distinctes. La première concerne une partie du monde arabe qui veut s’intégrer dans une dynamique occidentale prônée par Israël. La seconde estime, quant à elle, que la question de fond n’est pas encore réglée et que la cohabitation dans cette région où des conflits anciens perdurent et d’autres menacent nécessite un minimum de respect mutuel. Or pour le moment, ce n’est pas le cas.
L’Algérie ne risque-t-elle pas de se retrouver isolée sur la scène internationale si la majorité des pays arabes venaient à normaliser leurs relations avec Israël ?
La question ne se pose pas sous cet angle, puisque les pays arabes ne sont pas une entité unie qui est organisée dans le même modèle que l’Union européenne. Ce sont des Etats qui réagissent et qui fonctionnent selon les intérêts politiques de chacun d’entre eux. Et puis, rien ne dit que les pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël acceptent pour autant son diktat dans la région. C’est le cas des grandes puissances telles que la Chine, la Russie ou l’Afrique du Sud. Pour s’en convaincre, il suffit de revenir sur leur vote à l’Assemblée générale des Nations unies. L’Algérie ne risque, donc, pas de se retrouver isolée. Et puis, il faut savoir qu’à l’exception des pays tels que le Maroc, le Soudan et l’Egypte, les autres Etats ayant normalisé avec l’entité sioniste sont extrêmement faibles en termes de poids de leur population.
Le sommet arabe prévu à Alger, en mars 2022, peut-il relancer la question palestinienne ?
La question sera sans doute évoquée. Mais chacun demeure maître de sa décision. Le ministre des Affaires étrangère, Ramtane Lamamra, l’a bien rappelé dans sa dernière déclaration. Pour le chef de la diplomatie algérienne, notre pays a plus de crédibilité auprès des peuples arabes que les promoteurs de la théorie consistant à dire que chaque pays traite ses problèmes comme il l’entend loin de toute concertation collective, et ce, comme l’ont fait les pays ayant normalisé leurs relations avec Israël. C’est-à-dire qu’ils mettent leurs intérêts avant tout. L’Algérie est restée sur une position équilibrée pour la paix avec Israël. Il est, toutefois, temps de regarder les points communs que les pays arabes pourraient débattre à l’occasion de ce sommet. Des mesures communes pourraient ainsi être prises sur certaines questions, sachant quemême les pays qui ont normalisé continuent à dire qu’ils soutiennent la Palestine. Ils vont ainsi devoir s’exprimer sur leur manière de vouloir soutenir la cause palestinienne.
Entretien réalisé par Assia Boucetta