Mouanis Bekari publie «Le testament de Jugurtha» : Un plaidoyer en la faveur du roi numide

Mouanis Bekari est l’auteur d’un nouvel ouvrage, «Le testament de Jugurtha», qu’il a présenté  samedi à la librairie Chaib Dzair de l’Agence nationale pour l’édition et la publicité (Anep).

L’auteur a exercé comme directeur financier, mais sa passion pour l’histoire l’a toujours poussé à fouiner dans les livres à la rencontre des figures emblématiques et des nations qui ont façonné l’histoire de l’humanité. Cependant, Bekari ne se dit pas historien et c’est pour cette raison qu’il a opté pour le roman historique où se côtoient faits réels et fictions.
«Si l’ouvrage est écrit sous forme de roman, tous les événements et les personnages cités existent», soutient l’auteur. Et, ajoute-t-il «Dans toute l’histoire de l’Algérie antique, deux personnages émergent et se sont Massinissa et Jugurtha.» «Nous savons beaucoup de choses sur Massinissa dont le règne a duré 50 ans.» «Nous savons aussi des choses sur Jugurtha, mais tout ce qui nous est parvenu de lui nous le tenons d’une seule source qui est l’œuvre de Salluste, La guerre de Jugurtha.»  Cependant, soutient Bekari, «Rien ne dit que Salluste rapporte objectivement la réalité des faits.» «D’autant plus que nous savons que Salluste n’était pas historien au sens propre. Il était orateur, homme politique.» «Nous savons aussi qu’il a été gouverneur de Numidie pendant une année et a commis des déprédations  qui ont fait de lui un homme extrêmement riche, alors qu’il était ruiné lors de son installation par César en Numidie.» «A sa retraite il écrit un livre où il donne des leçons d’histoire, mais aussi de morale.» Enlisant le livre de Salluste, affirme Bekari, «On se rend compte qu’il y a des invraisemblances géographiques, événementielles, et un total désintérêt à la chronologie». «Au bout d’un moment Salluste nous présente Jugurtha comme l’archétype de la noblesse romaine: Brave, généreux, mais qui a dépéri et devient une sorte de criminel qui fait la guerre de manière ignominieuse en  usant de traitrise» et pire encore, «Salluste déduit que tous les Numides sont comme il dépeint leur roi». «Il noirci le personnage de Jugurtha et l’associe à la noblesse romaine dont Salluste n’est pas issu». «Il présente aussi un homme rangé par l’ambition qui n’hésite pas à tuer son propre frère pour prendre le trône.»
Nous sommes en droit aujourd’hui, affirme Bekari, «de se dire est-ce que Salluste dit la vérité?» «Pourquoi aussi prend-il partie de façon aussi évidente?» «Ce que j’ai trouvé, après plusieurs lectures et relectures de son œuvre, c’est que personne n’a donné la parole à Jugurtha.» «Là est le but de mon ouvrage.» Deux autres auteurs ont écrit sur Jugurtha, Jean Amrouche et Mohand Cherif Sahli. «Amrouche l’a fait de façon évasive», «Sahli lui l’a fait de manière plus sérieuse, mais commet des anachronismes en portant des jugements d’aujourd’hui sur des événements qui se sont produit il y a deux mille ans».
«Dans mon ouvrage, soutient Bekari «je donne la parole à Jugurtha. Je superpose les événements et les propos de Salluste et je demande à Jugurtha de donner son avis». «Je ne prétends pas être objectif, mais je prétends qu’étant donné l’obscurité et la médiocrité de la qualité des obscures mon opinion est tout  aussi recevable». «Salluste n’a pas vécu les événements qu’il rapporte. Il les rapporte 70 ans après avec un parti-pris politique et des préjugés ethniques». «Je pense qu’il y a suffisamment d’élément pour réexaminer le dossier». «Je ne dirais pas que je suis objectif dans ma démarche, mais je donne la parole à l’accusé», conclue Bekari.
Hakim Metref
Le testament de Jugurtha – Edition Gaia 2021