Mouloud Khelloufi, président de l’AGEA : «Il faut assurer la sécurité des ouvriers»

Le déficit en matière de sécurité est à l’origine d’une forte mortalité dans les milieux ouvriers. Pas moins de 500 décès ont été recensés en 2018 rien que sur les chantiers, selon Mouloud Kheloufi, entrepreneur et président de l’Association générale des entrepreneurs algériens(AGEA). Il nous dit pourquoi et comment améliorer la situation.
La sécurité industrielle est-elle un aspect important au sein de nos entreprises ?
C’est surtout un aspect très important pour tous les ouvriers du secteur économique. Les recommandations du Bureau international du travail n’ont jamais été appliquées à la lettre en Algérie. On trouve dans nos chantiers et usines des ouvriers sans casques, sans lunettes, sans gants et sans chaussures de sécurité.
Les règles élémentaires de sécurité ne sont donc pas réunies ?
Oui. Il faut que le ministère du Travail prenne attache avec les partenaires sociaux pour l’application des résolutions et recommandations du bureau international du travail. Et c’est très important. Il faut mettre en sécurité les ouvriers, car ce déficit en matière de sécurité est à l’origine d’une importante mortalité.
Dans le secteur du BTPH en2018, il y a eu plus de 500 décès sur les chantiers. C’est vous dire que les dégâts sont énormes. Nous avons alerté, à maintes occasions, le ministère du Travail en vue de mettre la question de la sécurité des travailleurs au centre des préoccupations, en intégrant un article dans les cahiers des charges.
Comment prévenir ce genre d’accidents ?
Il faut alerter le ministère du Travail et les partenaires sociaux, et mettre en place une charte pour la sécurité des travailleurs et des ouvriers au niveau de toutes les entreprises. Il faut multiplier aussi les inspections au niveau des usines et des chantiers pour vérifier que les ouvriers sont dotés de moyens pour travailler en sécurité.
Des inspecteurs qui vérifient que les travailleurs ont des combinaisons, des casques et des lunettes de sécurité… Dans le cas contraire, des sanctions doivent tomber comme la décision d’arrêter les travaux. Selon moi, lors des inspections, il est préférable de vérifier que les ouvriers travaillent selon les normes de sécurité avant de voir s’ils sont ou non déclarés à la Sécurité sociale. Ceci pour une raison simple : si maintenant vous devez vous rendre sur un chantier, vous constaterez de visu que les travailleurs n’ont pas les moyens de protection requis. C’est vraiment très déplorable.
La sécurité est elle une condition sine qua non pour exécuter son travail?
La sécurité des travailleurs est une affaire à prendre au sérieux. De notre côté, nous avons, à maintes reprises, interpellé le ministère du Travail à ce sujet. Et la balle est dans le camp des pouvoirs publics qui ont le pouvoir de décision.
Nous sommes une force de proposition et nous avons fait notre travail en alertant les autorités. Nous avons peur pour les ouvriers, car des drames se sont produits devant nos yeux.
Propos recueillis par Fatma-Zohra Hakem