Mourad Goumiri (économiste): «La relance économique sera difficile»

Dans cet entretien, l’économiste Mourad Goumiri estime que la conjoncture économique actuelle et la pandémie mondiale ont profondément impacté le tissu économique et imposent une révision sélective des projets en cours. Pour ce qui est de la désorganisation du marché à la veille du Ramadhan, l’économiste indique qu’à chaque événement religieux, ce genre de situation se pose.

Dans le cadre du suivi des projets vitaux dans les secteurs des travaux publics et des transports, le président Tebboune a insisté, lors du dernier Conseil des ministres, sur l’impératif règlement de toutes les créances relatives aux travaux réalisés dans le cadre des engagements contractuels de l’Etat, en évitant tout engagement supplémentaire en cette conjoncture. Quelle interprétation donnez-vous à cette instruction ?

Il est clair, il n’est plus question d’inscrire de nouveaux projets, d’ailleurs nous n’en avons pas les moyens. Ceci d’une part. D’autre part, il faut achever les projets en cours qui sont pour la plupart ralentis voire stoppés du fait du non-paiement des situations des travaux effectués, d’autant que les entreprises nationales et étrangères croulent sous les créances impayées. La conjoncture économique actuelle et la pandémie mondiale ont profondément impacté le tissu économique et imposent une révision sélective des projets en cours, décidés avant cette situation internationale inédite. Un état des lieux est donc nécessaire et une réorientation de la feuille de route est obligatoire, de manière à parer au plus urgent et à préparer les conditions d’une nouvelle relance économique, qui, à ne pas en douter, sera difficile.

Justement, le Conseil des ministres a approuvé une proposition de report de l’examen de réévaluation de plusieurs projets jusqu’à ce que tous les aspects inhérents à leur incidence financière soient déterminés…

Les réévaluations des coûts des projets sont la conséquence soit d’une étude d’évaluation originelle défaillante, soit de manipulations pour contourner les lois relatives à la concurrence et choisir un partenaire dans l’opacité. Ces actions alimentent la corruption et entraînent des réévaluations qui parfois  peuvent atteindre le double, voire le triple du coût initial. Il était donc urgent de faire un audit de ce phénomène inquiétant dans le processus de décisions d’allocation des marchés dans notre pays et d’y mettre un terme.

Tebboune a insisté sur les préparatifs du mois de Ramadan et le suivi rigoureux de la consommation et des stocks. Quelles sont les meilleures pistes pour pouvoir améliorer cette gestion ?

Le mois de Ramadhan n’est  en rien responsable de cette situation, puisqu’à chaque événement national ou international, culturel ou religieux, ces comportements apparaissent. Il s’agit tout simplement de la non-maîtrise des circuits de commercialisation et de la logistique, comme le transport, les structures de stockage et de froid. Enfin, le monopole de l’Etat qui existait a été transféré de facto et de jure au secteur privé sans que les pouvoirs publics n’appliquent la loi sur la concurrence. Ce n’est donc pas un problème pour un mois particulier mais un travail tout au long de l’année qui est nécessaire afin d’organiser les marchés.

Le président de la République a ordonné le parachèvement du recensement global de la richesse animale. Pourquoi est-il si important?

Ce qui est obligatoire est d’avoir un recensement global de toutes les richesses de la nation, personnes physiques et morales comprises, de manière à pouvoir organiser la production, la commercialisation et la consommation. Sans ces données statistiques indispensables au bon fonctionnement de l’économie, on fait dans une gestion à l’aveuglette et la prise de décisions arbitraires sous la forme de campagnes ponctuelles.

H. A.