Mourad Kezzar, consultant-formateur en management hôtelier et touristique «Le tourisme doit s’ériger en industrie»

Entretien réalisé par Fatma-Zohra Hakem

Mourad Kezzar, consultant-formateur en management hôtelier et touristique, plaide, dans cet entretien, pour la mise en place d’une industrie touristique qui a besoin d’un environnement favorable et qui doit se conformer aux normes internationales.
Comment se présente la saison estivale ? Sera-t-elle meilleure que la précédente ?
Théoriquement, elle sera meilleure, parce qu’on pense capitaliser l’expérience de l’année dernière marquée par la fermeture des frontières. Mais on ne sait pas si la demande qui s’exprime sur le marché national est réelle ou non. Il faut attendre un peu. De plus, c’est à partir de la mi-juillet que les Algériens commencent à s’exprimer. Et dans le cas de l’ouverture des frontières, je peux dire que le marché national interne sera mis à l’épreuve.
Qu’est-ce que cela signifie ?
Si le marché national demeure en bonne santé, dans le sillage de l’ouverture des frontières, ce sera bien. Par contre, s’il y a un recul, cela veut dire qu’il reste beaucoup à faire dans le domaine touristique. C’est tout un chantier qui attend. Il faut absolument construire les fondements d’une industrie touristique.
Justement, quels sont les fondamentaux à respecter pour construire cette industrie ?
Il faut se mettre au diapason avec ce qui se fait partout dans le monde, en améliorant notre environnement et en intégrant les normes internationales dans tous les domaines. Il faut de meilleures prestations hôtelières, prendre en charge la question des transports et opter pour la numérisation. Nous sommes en 2022. Pourquoi continuer à payer en liquide alors qu’ailleurs les réservations et transactions se font sur le net.
Quel type de tourisme doit-on développer ?
Nous pouvons tout développer. Mais il ne faut pas que ce soit une fuite en avant. Il faut avant tout répondre à la demande, notamment de notre émigration. Il faut développer le balnéaire sur lequel il faut mettre le paquet. Le tourisme saharien et de montagne ont leurs propres clientèles auxquelles il ne faut pas tourner le dos.
Existe-t-il une politique en direction de notre communauté à l’étranger ?
L’Algérie est l’un des rares pays dans la région qui n’a pas élaboré de politique touristique pour attirer ses émigrés qui constituent un segment de marché important. Il ne faut pas négliger les Algériens résidant à l’étranger et cela nous amène à réfléchir au secteur des transports qui est très important dans toute politique touristique. Or dans notre pays, celui-ci ne répond pas encore aux attentes. En somme, le développement du secteur touristique en faveur de cette clientèle passe par la refonte et le développement du secteur des transports, car le tourisme est une activité transversale, dans la mesure où le produit hôtelier ne peut s’épanouir en l’absence de réseau de transport performant.
 F.-Z. H.