Musée de Kherrata : Miroir du temps et de la mémoire

D’ancienne église, elle est  transformée en un musée d’histoire, le 8 mai 1998, à l’occasion du 53eanniversaire des massacres du 8 mai 1945.

Le musée du moudjahid de Kherrata, à 65 km à l’est de Bejaïa, est  le miroir de  la ville et de son histoire. Il n’a, peut être pas, l’aura d’un grand musée  national, mais c’est un vrai trésor mémorial. C’est un lieu gorgé d’histoire et chargé d’émotion. La région a étéle théâtre de massacres perpétrés par la France coloniale, sur une population sortie manifestée pacifiquement le 8 mai 1945. Durant la période de la guerre de libération nationale, Kherrata a connu, également, de nombreuses  batailles sanglantes.
A travers son musée, la région fait remonter la machine du temps, lié à une  guerre jamais oubliée et une plaie non cicatrisée, l’histoire révolutionnaire de ses enfants, hommes et femmes, et les sacrifices consentis pour le recouvrement de la souveraineté nationale. Le site rassemble et conserve,  soigneusement et jalousement, des objets d’une inestimable valeur historique. Il  retrace  jusque dans les  moindres interstices l’histoire de Kherrata  et parfois celle des autres régions du pays. Yest conservé un ensemble étourdissant de collections de  photographies de moudjahidine et martyrs ainsi qu’une panoplie  de documents historiques rares et précieux qui remontent à la guerre de libération nationale et aux massacres du 8 mai 1945. Outre les  armes utilisées et les  tenues de combat portées par les moudjahidine, on y trouve des documents d’archives et des objets du quotidien des combattants de l’ALN de la révolution
Le musée du moudjahid de Kherrata demeure, hélas, un endroit peu prisé par le grand public. «Que voulez-vous que je vous dise ?Les  gens d’ici  s’intéressent peu  à l’histoire»,  dit  le conservateur du musée,  Messabhi Saïd, moudjahid et président de l’Association Sauvegarde de la mémoire de la commune de Kherrata. N’empêche, le lieu reçoit des visiteurs des autres wilayas, notamment Batna, Boumerdès et Jijel pour ne citer que celles-ci. La liste est sans aucun doute plus longue. Le lieu est fréquenté surtout par des lycéens, des étudiants et des enseignants. Ils y trouvent des informations dont ils ont besoin pour leurs recherches et exposés… Autrement dit, une source   pour les passionnés d’histoire. Sur place, les visiteurs sont conviés à un véritable voyage dans le temps et dans l’histoire à la découverte des phases charnières de la lutte armée du peuple algérien pour l’indépendance. Pas seulement celui des enfants de la région. Y sont exposées des effigies de  chahids. Une  partie de la salle est réservée au 8 mai 1945. La grande partie est dédiée à la guerre de libération nationale.
«J’ai ramené certains documents du musée du moudjahid d’Alger. Nous recevons également des dons de certaines familles révolutionnaires. Ces  donations ont permis d’enrichir nos collections», affirme-t-il. Surveiller et instruire semble être la devise de Messabhi Saïd au «cœur gros comme ça».  Il se souvient des tragiques événements qu’a connus sa chère région et de la barbarie du colonialisme français. Il connaît les moindres détails de chaque document, de chaque photo de moudjahidine et chahid. Derrière chaque  photo  se  cache une histoire, un parcours…une vie.  Bon vivant,  une silhouette longiligne, Saïd s’en souvient comme si c’était hier. Rien ne lui échappe.  Quand  il revient de ses escapades photos, il a toujours quelques histoires passionnantes à raconter. Des souvenirs qui se réveillent en lui, pour lui rappeler chaque événement entourant chacun de ses tableaux, tel le souffle d’un passé douloureux et meurtrier.
Quant il observe les  photos, une foule de souvenirs refait surface. Il relate,   l’œil humide, son  vécu, le vécu de son frère chahid et celui de quelques-uns de ses compagnons de guerre. Il met en exergue le rôle héroïque de chacun  d’eux, son parcours militant dans le mouvement national, son engagement dans la lutte armée. Il met en avant, aussi, le rôle important du musée pour préserver notre mémoire et la transmettre aux générations présentes et futures. Il dit que le musée est un miroir du temps et de la mémoire.
De notre envoyé spécial : Amokrane Hamiche