Musée national du moudjahid : Gardien du temple identitaire

Walid Souahi

Le chercheur en histoire Amar Rekhila estime nécessaire de restaurer la plénitude de l’Etat après l’indépendance en répondant à l’un des besoins fondamentaux de la nation : la reconstitution et la valorisation de notre historique identitaire.

«Au-delà de ces significations premières, le Musée du moudjahid se veut, avant tout, le miroir de la mémoire collective du peuple algérien, à l’écoute de son histoire d’hier et d’avant-hier», a-t-il souligné.
Pour le chercheur en histoire et enseignant universitaire Mohamed Salah Delmi, le peuple algérien exige de récupérer sa propre histoire. «Traumatisée par les atteintes du passé, expurgée de tous les stigmates de l’héritage colonial, parce que, pendant longtemps, notre histoire a été écrite par l’étranger pour l’étranger à même notre sol et que, pendant longtemps encore, elle fut faussée et manipulée. Après l’indépendance, conquise au prix d’une sanglante pureté, le peuple algérien doit rendre compte de son histoire pour les générations actuelles et à venir», explique le professeur. Il ajoutera qu’une telle tâche implique une lecture attentive de l’histoire de la lutte de libération nationale, qui fait nettement apparaître une progression logique dans la transformation du processus de révolution armée en révolution démocratique, économique et sociale, puis en processus irréversible de construction du socialisme. «Tant il est vrai que la libération nationale et libération sociale sont fondamentalement solidaires et que les conditions de l’approfondissement de la conscience nationale projettent implicitement celles de l’approfondissement de la conscience socialiste», poursuit notre interlocuteur.
Œuvres des masses populaires, souligne Delmi, la révolution algérienne a postulé, dès l’origine, les transformations sociales et politiques qu’elle a véhiculées et accomplies. «Nos acquis historiques ne peuvent être disjoints des acquis de notre révolution et des conquêtes populaires dans la marche vers le socialisme, qu’ils fondent et éclairent à la fois. C’est de cette dialectique que la reconstitution de l’histoire de la lutte de libération nationale doit rendre compte par l’intermédiaire du Musée national du moudjahid», a-t-il martelé.

La mémoire, un devoir
Le professeur d’histoire à l’Université d’Alger et ex-directeur du Musée national du moudjahid Mohamed Lahcen Zeghidi fait savoir que ce musée a été créé à El Biar en 1974 par décret présidentiel sous Houari Boumediene. «Ainsi commence l’épopée de la collecte de documents ayant trait à la révolution algérienne mais également aux différentes époques. De nombreux moudjahidine ont fait don de documents, de correspondances et de témoignages», a-t-il indiqué. Par la suite, le musée fut transféré à l’Office Riadh El Feth (OREF), en 1983, placé sous le nom : «Musée El Djihad». Responsable de la documentation puis directeur du Musée national du moudjahid en 1994, Mohamed Lahcen Zeghidi raconte que l’institution a lancé une large campagne pour la collecte de documents et témoignages sur la guerre de libération. «Plusieurs hauts fonctionnaires ont répondu à notre appel, notamment l’ancien président de la République Chadli Bendjedid et de nombreux autres moudjahidine», assure-t-il. Selon lui, une archive bien fournie a commencé à transparaître, composée de documents écrits, de correspondances entre les membres du FLN, entre des moudjahidine et citoyens, des documents d’état civil. Mais également du matériel militaire utilisé lors de la glorieuse guerre, des armes, des tenues et autres artefacts pour les exposer dans le musée. «Nous avons également procédé à la création de filières régionales au niveau de chaque wilaya et avons par la même occasion répété le même procédé de collecte. Les documents sont archivés selon le genre de document (écrit, audio ou photographie), par département ou par branche. Une classification méthodologique et scientifique a été employée pour faciliter le travail de la recherche», renchérit notre interlocuteur qui souligne que les archives du musée sont 100% authentiques et de sources sûres. «Il n’y a pas lieu de recourir à des archives étrangères car les nôtres proviennent de responsables de départements, de régions et de wilayas lors de la guerre de libération», renchérit Zeghidi.
Par ailleurs, il met l’accent sur le travail titanesque entrepris par le musée pour la collecte de témoignages de moudjahidine. «Le travail de collecte de la mémoire se poursuit à nos jours. Ce travail se poursuit avec la même détermination et ferveur de sauver de l’oubli des récits, des parcours, des contributions et des faits d’armes. C’est dire comment le Musée national du moudjahid devient un support essentiel», a-t-il fait remarquer.
 W. S.