Musique : Chakib Bouzidi, un homme-orchestre parti trop tôt 

Passant avec une aisance déconcertante du  balafon, à la kora, des grandes scènes aux plus modestes espace d’expression artistique, Chakib Bouzidi, jeune homme-orchestre débordant de créativité, s’en est allé ce mardi, beaucoup trop tôt, après une courte mais très dense carrière faite de recherches, de rencontres, et de  créations musicales des plus appréciées par le public.

Après un long combat avec la maladie et un dernier baroud d’honneur dans l’oasis de Taghit qu’il affectionnait particulièrement et où il a conduit un important projet de résidence de création en mars dernier, le fondateur  du groupe « Ifrikya Spirit » a tiré sa révérence, privant la scène algérienne d’un grain d’originalité et d’une source de générosité artistique sans pareil.
Pour ses premiers pas dans l’univers de la musique, Chakib Bouzidi a été accompagné par le regretté Maâllem du diwan Benaïssa Bahaz (1965-2008), dont il était le seul élève, avant de fonder ses propres formations  musicales et décrocher des prix au Festival national de musique diwan à Bechar où il ira à la rencontre de nombreux praticiens de différentes régions du pays et trouvera son inspiration dans la sérénité du ksar séculaire de Taghit.
Ce festival va propulser le tout frais Chakib Bouzidi sur la scène du 2e Festival culturel Panafricain, tenu à Alger en 2009, où il va rencontrer et partager la scène avec son nouvel horizon musical et son futur projet de  création, les musiques du Sahel.
Le Panaf va donner naissance à « Ifrikya Spirit », jeune groupe sorti de la tradition et des musiques rituels et résolument tourné vers la scène internationale et l’évolution de l’univers musical, un groupe fondé par
Chakib Bouzidi désormais virtuose du goumbri, de la kora, du n’goni, du jambé, du tbel, de la tamma et du balafon, un homme-orchestre unique en Algérie. En 2015, le groupe sort son premier et unique album, une immersion dans l’univers musical Sahélien, avec le diwan comme fil conducteur, et entame  la tournée de quelques festivals et projets internationaux comme le Sauti Za Busara en Tanzanie, le DimaJazz à Constantine, le programme américain Center Stage ou encore la résidence de création « One Beat ».
Ces nouvelles aventures vont encore mûrir l’univers artistique de Chakib, un jeune homme qui va exploser sur scène, s’amuser réellement sur les planches et connaître un grand succès arraché par une énergie folle  véhiculée à un public à qui il a toujours voué un grand respect depuis ses premiers tintements de karkabou.
Amoureux des arts, d’une grande modestie et toujours à l’écoute de toutes formes d’expression artistique, Chakib Bouzidi a souvent habillé de sa musique au balafon, au n’goni ou au goumbri, les créations d’artistes  algériens, se produisant en solo, à de nombreuses occasions, dans un coin d’une galerie d’art.
En février dernier, alors que la maladie l’avait déjà beaucoup affaibli, il était revenu encore à Taghit avec une prestigieuse résidence de création musicale américaine dans ses bagages, « One Beat Sahara » qui a rassemblé,  pour ses 10 ans, 25 musiciens algériens, américains, et en provenance des pays nord africains et du Sahel, autour de Chakib Bouzidi comme directeur artistique.
Après une dernière scène et un dernier projet mené à bien, Chakib Bouzidi est décédé ce mardi à l’âge de 38 ans.