Mustapha Ferroukhi : Premier martyr de la diplomatie algérienne

Dans la ville de Miliana, connue pour être un fief du militantisme et de la résistance contre l’occupation française, naquit le 15 décembre 1922 celui qui allait être l’un des porte-voix emblématiques de la diplomatie algérienne pendant la guerre de Libération nationale. Le chahid Mustapha Ferroukhi n’est plus à présenter. C’est une personnalité historique qui a consacré toute sa vie au service de la cause nationale.

L’un de ses chevaux de bataille était de soutenir l’impact de la diplomatie algérienne à l’étranger. Vu ses qualités humaines, ses compétences et son caractère affable, les hauts responsables du FLN n’ont pas hésité à lui attribuer des missions de grande importance.
Comme ses amis et militants politiques du FLN, l’enfant de Miliana a brillé au départ comme bachelier avant de devenir une icône de la diplomatie algérienne. Un incident le marqua profondément dans sa chair, réveilla pleinement sa conscience et précipita son engagement dans la résistance anticoloniale. La mort de Mohamed Bouras, le fondateur des Scouts musulmans algériens en 1941.
«Mustapha Ferroukhi nous a enseigné le militantisme, toutes les qualités humaines du diplomate chevronné. C’est une icône de la Révolution algérienne, notamment dans le domaine des Affaires étrangères», a témoigné un ancien joueur de la fameuse équipe FLN du football. Enfant billant, il fréquenta à l’âge de 3 ans l’école coranique, puis intégra l’école El Arbi Tebessi avant d’accéder à l’Ecole primaire supérieure.
Après avoir obtenu son baccalauréat, Mustapha Ferroukhi a poursuivi ses études supérieures, couronnées d’un diplôme de hautes études islamiques. Il a rejoint le groupe des Scouts avec Bouras avant de devenir un membre actif du parti du peuple algérien (PPA) en 1942.
Membre fondateur du MTLD
Il était également un membre fondateur du MTLD(Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) en 1946. Le natif de Miliana est connu surtout pour avoir été une figure de proue dans la fondation de quelques titres médiatiques (la Voix du peuple en 1952 et la Nation algérienne en1954) et la promotion du combat légitime du peuple algérien auprès de plusieurs pays arabes et étrangers.
Condamné plusieurs fois par la police française pour son activisme et son rôle mobilisateur dans la lutte anticoloniale, il a été arrêté et jeté, au début de la Révolution 54,en prison. Une fois libéré, il a été assigné à résidence dans sa ville natale Miliana par les autorités françaises. En dépit des pressions qui pesaient sur sa personne, le diplomate algérien n’a pas lâché prise. Evadé de la prison de Miliana en 1956, il a ensuite rejoint le service du Renseignement à Alger.
Après un activisme de premier plan au niveau de plusieurs régions du pays (conférences, réunions et campagnes de sensibilisation), on confia au jeune diplomate des missions substantielles, politiques, administratives et diplomatiques au sein du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne). En intégrant la Fédération de France du FLN en 1957, il a réussi à constituer un réseau de fedayin afin de faire plier l’ennemi sur son propre territoire.
Ses rencontres avec des leaders historiques de l’anticolonialisme et du communisme international comme Mao Tsé-toung et Hô Chi Minh ainsi que les congrès auxquels il a pris part, à l’instar du Congrès de l’Alliance socialiste de Yougoslavie en compagnie de quatre délégués du FLN, lui ont fait beaucoup de bien et affermi son caractère de diplomate. Mustapha Ferroukhi est proposé en 1960 par le chef historique du FLN, Krim Belkacem, comme ambassadeur de l’Algérie auprès de la Chine populaire. Mais le destin a voulu qu’il tombe en martyr le 17 Août 1960, suite à un drame qui a emporté aussi sa famille à l’exception de sa fille aînée (restée auprès de sa grand-mère). L’avion qui devait se rendre en Chine s’écrasa dans les environs de Kiev, en Ukraine.
Des dizaines de documents français parlent de lui
En rendant l’âme à la fleur de l’âge, le premier ambassadeur du GPRA reste souvent au cœur des recherches sur l’histoire et un symbole du militantisme algérien et de la région de Miliana. Près de 60 documents et archives français parlent de lui, selon un historien. Des funérailles dignes d’un militant historique lui ont été consacrées lors de son enterrement en Tunisie, en présence de grands responsables et diplomates du Front de libération nationale.
Pour honorer sa mémoire et le faire revenir à sa chère patrie pour laquelle il a milité sans cesse, l’Algérie a rapatrié son corps en 1985 en l’enterrant tout près de ses confrères de lutte au cimetière d’El Alia à Alger. L’histoire retiendra que face à la barbarie coloniale, le premier diplomate chahid y a opposé une intelligence de situation qui a fini par triompher.
En lui consacrant un livre, l’auteur Cheikh Landjerit Mohamed parlait d’«un personnage exceptionnel et atypique qui aura marqué son époque». L’ami du poète Moufdi Zakaria, de Krim Belkacem, de Abderrahmane Kiouane, de M’hamed Yazid, de Mehri Abdelhamid, de Ahmed Francis, de Lakhdar Bentobal, pour ne citer que ces illustres militants de la cause nationale, a choisi le front de la résistance pour que l’Algérie retrouve sa souveraineté. Sa disparition inattendue avait ému tous ses compagnons, notamment le poète de la Révolution Moufdi Zakaria qui disait de lui: «Héros était ton titre».
Hanny Tiouane