Mustapha Mekideche, expert international dans le domaine énergétique : «Le projet contribuera à l’intégration économique africaine»

Entretien réalisé par Fatma-Zohra Hakem

Expert international dans le domaine énergétique et observateur avisé sur la scène économique, Mustapha Mekideche évoque les avantages du Trans-Saharan Gas-Pipeline (TSGP) Algérie, Niger Nigeria. Selon lui, le projet va contribuer à l’intégration économique africaine. Tout comme, il évoque les compétences et l’expertise des équipes et de la ressource humaine algérienne dans la mise en œuvre de ce projet

Le gazoduc transsaharien Algérie-Niger-Nigeria est-il intégrateur dans la région ?
Le gazoduc transsaharien contribuera fortement à l’intégration économique africaine en ce sens qu’il concerne, en plus de l’Europe, trois régions africaines à travers le Nigeria, le Niger et l’Algérie tout en minimisant les coûts d’investissement puisque c’est le tracé le plus court et le plus direct. De façon plus factuelle, il alimentera les régions du nord du Nigeria et celles du Niger en fort déficit énergétique, notamment pour l’électrification qui utiliseront non seulement une partie de ce gaz mais aussi des turbines produites à Batna, sans parler des tubes fabriqués à Ghardaïa et Annaba.

Ce projet peut-il être une solution à l’approvisionnement des marchés européens ?
De façon significative mais partielle, compte tenu de la disparition progressive de certains marchés européens de plus de 40% de la couverture de leurs besoins en gaz. Mais en tout cas, il s’agit d’une offre potentielle mobilisable à court et moyen terme incontournable pour les économies et les ménages européens. Il me semble que l’Europe y gagnerait beaucoup à être partie prenante notamment pour boucler le financement.

Quelle comparaison peut-on faire entre ce projet et le gazoduc qui passe par le Maroc ?
Le gazoduc TSGP est beaucoup plus long (4.128 km) comparé au GME (1.300 km). Le gazoduc TSGP transportera entre 20 à 30 milliards m3 de gaz naturel soit plus du double des quantités acheminées par le GME.

A-t-on suffisamment d’expérience pour ce genre de projets ?
Tout à fait. Pour avoir été le directeur général de l’Entreprise nationale d’engineering pétrolier, je peux témoigner que ce sont des équipes totalement algériennes de cette entreprise qui ont réalisé toutes les études comme le tracé, l’engineering de base, l’engineering de détail et les dossiers de procurement ainsi que la supervision de la construction du tronçon algérien du GME. Par ailleurs, Sonatrach a réalisé et exploite l’un des plus grands réseaux de transport de gaz interconnecté africain et méditerranéen. Donc l’expertise algérienne associée à celle d’un autre pays exportateur de gaz qu’est le Nigeria permet de dire que ce projet est à notre portée d’autant que des segments et le hub de Hassi R’mel sont déjà opérationnels.
 F.-Z. H.