Nabil Djemaa, économiste et expert financier : «Nous avons un déficit de 2 millions de PME»

L’Algérie accuse un important déficit en matière de création des petites et moyennes entreprises(PME/PMI). C’est du moins le constat établi par l’économiste et expert financier, Nabil Djemaa. Ce déficit se chiffre à «2 millions de petites et moyennes d’entreprises», note-t-il dans une déclaration à Horizons, précisant que «nous n’arrivons même pas à créer 100.000 entreprises par année».

«C’est insuffisant», lance M. Djemaa qui attribue ce déficit à une multitude de facteurs. «Parmi les raisons de ce déficit en PME/PMI, on peut citer la bureaucratie, le climat des affaires, l’absence de formation, le déficit en matière de conseils, la carence en aides et le défaut d’accompagnement des entreprises», détaille-t-il. Aussi et de l’avis de cet expert, ce déficit gagnerait à être comblé conformément aux orientations du chef de l’Etat. «Selon les orientations du président de la République et du Premier ministre, nous devrions créer pas moins de 300.000 entreprises par semestre», soutient-il, précisant que la mise en application de l’orientation du président de la République sur le terrain est malaisée. «Sur le terrain, les choses ne se font pas comme elles devraient se faire même si des aides de l’ordre de 100 milliards de centimes ont été allouées pour chaque wilaya par le chef de l’Etat dans l’objectif d’aider à la création de PME/PMI», fait-il remarquer. Interrogé sur les raisons qui font que les fonds alloués à la création des PME/PMI n’ont pas eu l’effet escompté, M. Djemaa notera que «ces fonds qui ont été alloués à toutes les wilayas ne sont pas explicités, ce qui veut dire que les jeunes qui souhaitent créer des PME/PMI n’ont pas pris connaissance des modalités leur permettant de bénéficier de cette aide financière ni d’utiliser ces fonds».
Autrement dit, «il n’y a pas eu de vulgarisation sur ces fonds pour que les jeunes créateurs d’entreprise puissent les utiliser», clarifie-t-il. Concernant les démarches à suive pour transcender les obstacles à la création des PME/PMI, il soutiendra qu’il «faut une vulgarisation autour du fonds d’aide à la création des PME/PMI. Il y a aussi la nécessité de miser sur la formation des jeunes créateurs d’entreprise sur le plan de la fiscalité. Il faut également agir sur les plans administratif et de gestion des entreprises». Dans le même ordre d’idées, il ajoutera qu’«il faut aussi faire appel aux conseil des experts de terrain, autrement dit ceux qui ont une expérience en la matière». L’expert insiste également sur l’accompagnement des PME/PMI nouvellement créées par le truchement d’un «suivi par le secteur financier de ces jeunes créateurs d’entreprise». Il soutiendra à ce propos que «les normes du système financier est d’offrir des dizaines de produits aux clients des banques, mais les banques algériennes n’offrent même pas 5 produits. Donc, nous sommes loin des conditions financières et économiques qui permettent la création d’entreprise car quand ces dernières ont besoin de payer leurs factures, elles ne trouvent pas de finances». A ce propos, et s’agissant du  système financier, M. Djemaa préconise un certain nombre de mesures en faveur de la création des PME/PMI.
C’est ainsi qu’il faut, selon lui, «revoir l’aspect réglementaire car la loi sur la monnaie et le crédit exige des banques de financer les projets sur la base de garanties réelles alors que les PME/PMI n’en ont pas. Donc, il y a nécessité d’appliquer les schémas d’ingénierie financière, ajouter des produits dans les banques, miser sur la formation, faire appel à des experts du conseil issus du terrain et allouer les fonds octroyés par le Président aux créateurs de PME/PMI».
Fatma Zohra Hakem