Nabil Djemaa, économiste : «La hausse vertigineuse des prix a réduit les ventes»

L’activité commerciale pèche par un défaut de réglementation et d’organisation estime Nabil Djemaa, économiste qui ne manque  pas de déplorer le manque de structuration de cette activité qui nécessite une formation préalable.

 

Pour quelles raisons l’activité commerciale est en déclin chez nous ?
Car les critères et normes de l’activité commerciale sont absents. L’activité commerciale suit le réseau de distribution long et le réseau de distribution courts et il y a les marchés réglementés et les marchés non réglementés et tout cela n’existe pas chez nous. Nous n’avons ni marché réglementé, ni  marché non réglementé, nous n’avons pas établi les circuits de distribution. En somme, l’activité commerciale en Algérie n’est pas organisée.
Quid du réseau de distribution et des points de vente ?
On trouve beaucoup de points de vente aléatoires qui ouvrent pendant deux  mois, puis changent en fonction des activités. Les points de vente, ce sont eux qui constituent le réseau de distribution en Algérie. Le réseau de distribution est devenu privé et non réglementé.
Comment expliquez-vous l’absence de réglementation en la matière ?
Ils vendent sans facture, il y a des grossistes qui travaillent au noir. L’activité commerciale est devenue informelle, la plupart travaillent dans le marché parallèle.
Donc l’activité commerciale est en déclin et non réglementée ?
Effectivement, l’activité commerciale est en déclin et non réglementée. Maintenant, on ne sait plus qui est le détaillant et qui est le grossiste, tout a été chamboulé et c’est pour cela que nous assistons à des problèmes énormes dans l’activité commerciale. Nous ne trouvons pas de lait, pas d’huile, car il est question d’une absence de réglementation patente. Les prix ne sont pas affichés et il y  a  des différences de prix pour un même produit chez des commerçants différents et on ne peut pas intervenir.
Pourquoi nous ne pouvons pas intervenir face à ce phénomène ?
Car l’architecture commerciale est absente. Tout est chamboulé : on rentre chez un grossiste et on remarque qu’il se comporte comme un détaillant, de même que quant on rentre chez un détaillant, on se rend compte qu’il veut aussi comme un grossiste.
Le pouvoir d’achat est-il aussi incriminé dans le tassement de l’activité commerciale ?
Bien sur. Nous assistons à des hausses de prix considérables des produits et le citoyen algérien est limité par ses revenus. De plus les prix souvent ne sont pas affichés et ils ne le sont que quant le contrôleur est là. Tout est non réglementé.
Les mesures prises par les pouvoirs publics sont-elles de nature à relancer l’activité commerciale ?
Non pas du tout, ce sont des mesures aléatoires et momentanées et avec des sanctions minimes. Les sanctions ne sont pas proportionnelles aux infractions.  Nous avons même vu des commerçants vendre des produits périmés qui ont intoxiqué des citoyens et la sanction n’a pas suivie car ce n’est pas réglementé. Tout ceci car ce ne sont pas les gens et les professionnels du métier qui font cette activité commerciale. Normalement, ces gens qui sont dans l’activité commerciale doivent impérativement faire des formations pour prétendre faire ce métier qui est par ailleurs noble
Entretien réalisé par Fatma Zohra Hakem