Nabil Djemaâ, économiste : «Un des moteurs de la croissance»

Le tourisme, ce qui est désormais un truisme, est un secteur générateur de richesses et de croissance. C’est ce que soutient avec conviction l’économiste Nabil Djemaâ. «Dans les pays développés, le tourisme est le moteur de la croissance et un des plus importants contributeurs au Produit intérieur brut (PIB)», précise-t-il. Pour mieux mettre en évidence l’importance du secteur et son apport considérable, il donne la mesure du manque à gagner en rapport avec la négligence de cette activité. «En délaissant, explique-t-il, le tourisme, nous perdons presque 10 milliards de dollars chaque année.» D’après lui, «les touristes préfèrent se rendre en Espagne, en Italie, en Tunisie ou ailleurs, et pas chez nous», au motif que nous n’avons pas de politique touristique, en plus d’un déficit majeur en infrastructures requises et indispensables. «Aussi, les prix des prestations ne sont pas conformes aux prix internationaux». «Il y a un déficit énorme dans le domaine du tourisme qui a été ignoré dans les programmes de développement», souligne-t-il avec une pointe de regret. «Si nous avions développé le tourisme, nous n’aurions pas affronté autant de difficultés économiques», poursuit-il. Il déplore vivement le désintérêt des pouvoirs publics pour le tourisme, né de choix économiques devenus obsolètes.«Nous avons concentré nos investissements sur les hydrocarbures et totalement tourné le dos à une richesse inépuisable, contrairement à tout ce qui se fait à travers le monde», renchérit-il. Aux yeux de Djemaâ, la situation économique actuelle doit inciter l’Etat à revoir son modèle économique. «On doit s’ouvrir et adopter un modèle économique qui ne sacrifie pas le tourisme», lance-t-il, en appelant dans la foulée à la réalisation «d’études de rendement» pour prendre connaissance de l’impact objectif du développement du tourisme sur notre économie. Il met en avant les retombées de l’essor des différents tourismes possibles en Algérie, citant notamment le tourisme thermal, saharien et cultuel qui peuvent remplir les caisses et changer l’image du pays. Evoquant le tourisme de montagne, l’expert exhorte les autorités à développer ce segment important. «Nous avons en Algérie, rappelle-t-il, beaucoup d’endroits paradisiaques qui peuvent être exploités dans le cadre du tourisme de montagne et générer de gros bénéfices et de l’emploi.» Notre climat est très favorable au développement du tourisme de montagne, lance-t-il. «Il n’est pas aussi froid qu’en Europe. Notre hiver se limite à deux mois et c’est ce qu’aiment et recherchent les touristes», souligne-t-il. «Nous pouvons facilement bâtir des stations qui attireront beaucoup de vacanciers et de touristes de pays européens qui n’éprouveraient aucune réticence à venir en Algérie», conclut-il.

Fatma-Zohra Hakem