Nahkilkoum

Il y a dans le lot des chaînes, une qui étonne avec son programme. C’est A3 qui  est imperturbable parce qu’en gros, elle n’a pas tellement chamboulé sa grille. Elle diffuse ses habituels programmes, des tables rondes et des émissions politico-économiques et sociales.
Par exemple, une table ronde nous apprend qui a droit à une chambre universitaire et avec force détails les conditions d’obtention d’un logis dans ces résidences. Il a été aussi question des portes ouvertes sur l’Université.
Sur Canal Algérie, nous suivons «3indama tahroukou m liyem» (Quand les jours vous brûlent). La traduction est approximative, mais nous le trouvons beau ce titre. Il sonne bien, et  un côté poétique se cache derrière cette terrible sentence.
Nous aimons moins, par contre, ce feuilleton fait d’intrigues amoureuses qui s’enchaînent et se déchaînent, des amours contrariées qui mènent même au meurtre. Une directrice de lycée a même conseillé à une parente d’élève de faire suivre sa fille par un psy. L’idée l’offusque : «Comme ça ses camarades vont la traiter de folle, non merci !»
L’équipe de Brest n’est pas satisfaite du recrutement de Youcef Belaili qui, il faut reconnaître, ne carbure plus comme par le passé. La Bretagne, c’est froid et loin, et le plat de couscous lui manque vraisemblablement. Pour l’instant, il n’a fait qu’une seule passe décisive et réussit quelques dribbles même s’il a vendu beaucoup de maillots du club aux supporters de la communauté algérienne à qui il n’a à offrir que son sympathique sourire. Brest aurait dû penser à engager Bounedjah pour former avec Belaili, le fameux duo des Verts des meilleurs jours. En attendant, sur le petit écran, nous retrouvons le sourire de l’enfant terrible d’El Bahia dans une publicité vantant les qualités d’une marque de couscous.
Dans le même registre, un opérateur de téléphone nous gave avec son histoire à dormir éveillé, son professeur d’université et cette vieille à qui on demande comment elle fait pour parler aussi longuement, pendant plusieurs heures. Elle sourit et lance fièrement : «Nahkilkoum». Elle se lance alors,  tout comme le pauvre professeur, dans une incroyable explication qui relève de la science fiction.
Du coup, ne dites plus devant nous, «yahasra le bon vieux temps», où autour d’un feu de fortune des vieilles racontaient des histoires à leurs petits-enfants. Le bon vieux temps, il ne faut pas exagérer. Avec la misère ambiante, le froid, les privations et les maladies…Il n’y a vraiment rien à regretter.
Alors racontez-nous les nouveautés de notre cinéma, les nouvelles publications de nos romanciers, faites-nous écouter la musique de nos jeunes, bercés aux sons du monde, émerveillez-nous avec le beau et le meilleur. Parlez-nous des premiers de notre théâtre, emmenez-nous  dans le monde féérique de nos artistes-peintres.
Abdelkrim Tazaroute