Nourddine Amir, professeur de droit international «La suspension du Traité avec l’Espagne protège notre souveraineté»

L’Algérie déplore et rejette les déclarations «hâtives» et «infondées» faites, vendredi dernier, au nom de l’Union européenne (UE) après sa décision de suspendre le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération la liant à l’Espagne. 

Pour l’ancien diplomate et professeur de droit international, Nourddine Amir, «le problème se pose au niveauespano-espagnol». D’ailleurs, souligne-t-il, «le Parlement du royaume a adopté une résolution qui invite le chef du gouvernement à remettre en question sa décision».
De ce fait, il appartient à l’Espagne, dit-il, «de réviser sa position et de revenir à la réalité des relations internationales selon laquelle le Sahara occidental est une question encore à l’ordre du jour aux Nations unies et qu’en aucun cas, ce territoire est marocain». Pour lui, «le chef du gouvernement espagnol a pris une décision contraire aux dispositions adoptées et prises auparavant par l’Espagne qui était alignée sur la position de l’Organisation des Nations unies s’agissant du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui». Et c’est sur cette base que, dit-il, «l’Algérie a pris des dispositions protégeant sa souveraineté nationale et de tous les droits qui doivent être soumis à la communauté internationale». Selon Amir, également expert indépendant auprès de l’ONU, «il est normal de voir notre pays prendre des mesures assurant ses intérêts majeurs, légitimes et souverains». S’agissant de la réaction de l’Union européenne, il tient à rappeler que «l’accord suspendu a été signé entre deux pays». Ainsi, relève-t-il, «la réaction de l’Union européenne qui a pris position en faveur du chef du gouvernement espagnol est une intervention incompatible avec le droit des pays à avoir des relations bilatérales».
D’autant plus, renchérit le diplomate, que «l’Algérie continue à respecter tous les accords signés avec l’UE». «Il s’agit d’une situation équivoque pour laquelle nous avons pris des dispositions temporaires et non pas définitives qui devraient évoluer en fonction de l’évolution du traitement de la question sahraouie qui se pose avant tout à l’Espagne qui dit ne plus être d’accord avec le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui», poursuit-il.
Pourtant, rappelle-t-il, «le Parlement européen et le Conseil européen des droits de l’homme ont adopté, il ya une quinzaine d’années, une résolution en faveur du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui et interdit à tous les Etas membres de l’UE d’aller pêcher dans les eaux territoriales sahraouies». «On ne peut pas, dès lors, admettre de voir des changements de position et de politique avec le changement des gouvernements au sein des Etats membres de l’UE, d’autant plus que ces derniers étaient tous engagés à respecter le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui», explique notre interlocuteur.
«L’UE se range aux côtés de l’Espagne, mais l’Algérie est un pays souverain et travaille sur sa légitimité et le respect du droit international», conclut le diplomate.
Assia Boucetta