APN : L’alliance présidentielle se précise

Les observateurs de la scène politique avaient vu juste : La future APN sera une mosaïque de partis dans laquelle aucune majorité absolue ne se dégagera. Mais, le raz-de-marée annoncée des listes d’indépendants n’a pas eu lieu, même si ce «courant» s’est classé deuxième en termes de sièges. La suite des gagnants est un scénario qui ne devrait pas déplaire au futur Exécutif. Une coalition devrait normalement se dégager assez vite pour former un gouvernement. Et ce n’est pas les choix qui manquent. Entre le FLN, le RND et les indépendants, le jeu reste ouvert, mais sous l’œil des islamistes qui voudraient, eux aussi, leurs parts.

Si, pour certains, l’arrivée du FLN en tête des résultats des élections législatives était une surprise, pour d’autres, cette victoire, qui intervient en dépit d’une baisse significative du nombre de sièges remportés, comparativement à l’Assemblée précédente, était prévisible. Et pour cause, le parti est bien structuré et présent sur l’ensemble du territoire national avec une base militante fidèle.
«Nos analyses demeurent superficielles en l’absence de toutes les données, sachant que la population n’a jamais été dans une lutte idéologique contre des courants politiques. Elle s’est simplement élevée contre la corruption et l’incompétence politique et technocratique qui sévissait au sommet de l’Etat», explique Ahmed Dkhinissa, enseignant en droit public à l’Université d’Alger et l’Ecole nationale d’administration. Pour lui, le Parlement reflète la composante sociale et les différentes sensibilités politiques du pays. « Il est le résultat d’une élection légale même si le taux de participation est jugé trop faible», note-t-il. Selon lui, les partis traditionnels avaient, eux aussi, leur stratégie qui a fini par payer.  « Ils ont misé sur de nouvelles figures peu connues du grand public, soit plus de 70% de leurs listes», juge-t-il. D’ailleurs, «l’abstention dans ce type d’élection n’est pas un fait nouveau puisque la participation  n’a jamais dépassé les 40% y compris en 1991», estime le constitutionnaliste, précisant que 20% du taux de participation est une moyenne qui invite à l’optimisme au vu du ‘’tsunami’’ qui a frappé le système politique algérien.
«Au-delà de ces considérations, l’organisation anticipée des élections législatives a pour but de créer une institution qui a une légitimité et entamer une nouvelle dynamique politique qui a déjà commencé avec l’élection présidentielle et l’adoption de la nouvelle Constitution», a-t-il soutenu. Evoquant l’impact des forces politiques ayant appelé au boycott sur le taux de participation, Dkhinissa affirme que ceux qui ont rejeté l’option des élections n’ont pas un poids social comme ils prétendent. « Nous n’avons pas d’institut de sondage pour attribuer cette abstention à ces partis et encore moins au hirak qui n’est plus ce qu’il était en 2019», commente-t-il. Pour ce qui est du prochain gouvernement, il faut savoir que «du point de vue constitutionnel, le Président doit prendre en compte la majorité parlementaire dans la formation du nouveau Exécutif. « Mais, tout porte à croire, que le pays se dirige vers un consensus politique».
Vers une profonde transformation de la scène politique
Abderrezak Saghour, enseignant en sciences politiques à l’Université d’Alger, explique que ce qui est important, ce n’est pas le taux de participation qui a toujours été faible, c’est plutôt l’objectif de ce scrutin, qui a pour but de sortir avec une institution législative qui peut exercer ses fonctions constitutionnelles. De son avis, l’opération électorale était légale en tant qu’acte constitutionnel. « Elle s’est, d’ailleurs, déroulée dans des conditions conformes à la loi et n’a enregistré aucune dérive ou dépassements graves pour décider de reporter cette échéance». Et de poursuivre : «Au-delà des résultats des urnes, les électeurs espéraient participer à une élection libre et transparente qui respecterait le choix de la population.» La scène politique nationale devrait, à la faveur de ces législatives, connaître une profonde transformation. Selon Saghour, «la présence de plusieurs listes de candidats indépendants qui ont créé la surprise en s’érigeant deuxième force politique du pays, laisse supposer que de nouveaux partis pourraient voir le jour à l’hémicycle. Pour ce qui est des partis islamistes, il indique que «es formations sont présentes et leur base militante sont connues. « Mais, elles ne pouvaient prétendre à une majorité parlementaire alors qu’elles sont divisées». Idem pour les acteurs politiques qui ne cessent de parler au nom du hirak. «Le mouvement populaire n’est pas un appareil politique. Ce sont des revendications populaires qui ont été soulevées pour pousser les autorités à procéder à un changement de système», fait-il observer. «L’objectif n’étant pas de créer de nouvelles formations politiques ou mettre fin à d’autres, mais d’assurer à la population une vie meilleure dans un espace politique et social plus ouvert», renchérit-il tout en refusant les critiques formulées à l’encontre des personnes qui se sont portées candidates à cette élection. «On ne peut pas les accuser d’être des agents de l’Etat ou des alliés du système pour défendre ses intérêts», assène-t-il.
Assia Boucetta