Nouveau phénomène dans les lycées : Le temps des vapoteuses

Packaging coloré, goûts variés, la cigarette électronique séduit désormais les adolescents. Contenant de la nicotine, elle devrait être pourtant interdite aux mineurs.

Dans les cours des lycées, de plus en plus de ados l’exhibent et des dizaines de tubes aux couleurs différentes alourdissent les sacs des filles. On y trouve de tous les goûts sur le marché : mentholé, pêche, fraise ou encore banane. La  vapoteuse, la cigarette électronique, qui contient un liquide aromatisé plaît à la jeunesse et son usage se répand  dans les établissements scolaires. Les adolescentes en raffolent. Les capsules se comptent en «peuf», autrement dit en nombre de bouffées. Pour les plus répandues, c’est entre 300 et 600 bouffées, soit un paquet de cigarettes traditionnelles. Le taux de nicotine par contre varie de 0% à 0,2% quand un paquet de cigarettes en contient entre 0,8% et 10%.
Tout est clairement noté sur les paquets de vapoteuses vendues sur le marché. Ces cigarettes électroniques, qui devraient être interdites aux mineurs, font fureur auprès des lycéens et les collégiens. «J’aime changer de goût pour ne pas m’en lasser», confie  Norhane, âgée de 17 ans. Elle n’a jamais été tentée par la cigarette conventionnelle et ne jure que par les «peufs», de petites capsules au goût bonbon. «Ça ne laisse pas d’odeur désagréable, et c’est très fun», dit-elle. C’est  le prix qui arrange Ania, son amie. «Par rapport aux paquets de cigarettes, les tubes sont beaucoup moins chers», relève-t-elle. Pour une peuf de 600 bouffées, il faut débourser 500 DA pour un goût standard, pomme mentholée ou bonbon fraise.
Pour des saveurs prononcées, les prix sont plus élevés. Pour caramel aux noisettes, le flacon de même quantité s’affiche à 3.000 DA, celui de vanille à 1.400 DA, myrtilles amandes est cédé à  3.200 et le  concentré tabac à 800 DA. Comme Ania, Adam, le peuf lui tient en moyenne une semaine. «C’est très pratique. Ça ne laisse pratiquement aucune odeur. C’est un peu un phénomène de mode. J’avais vu des vidéos sur Tik Tok et j’ai voulu essayer», indique l’adolescent.
Disponible chez les libraires
Sur ce réseau social, les vidéos montrant de jeunes utilisant des vapoteuses pullulent. TikTok semble pourtant traquer ces vidéos. Tapez  le mot «peuf», et aucun contenu n’apparaîtra. Un message précise que le terme est associé à un comportement ne respectant pas la politique de l’entreprise, mais les vidéos sont bel et bien présentes. En allant chercher le mot au pluriel en arabe, le contenu se déverse comme une traînée de poudre.
Mimi, lycéenne, n’a aucun mal à se procurer les e-cigarettes. Selon elle, le buraliste en face de son lycée ne lui a jamais demandé son âge, ni fait de commentaire. «Au contraire, il m’informe de l’arrivée  de nouvelles saveurs à me proposer. Je trouve ça gentil», raconte la jeune adolescente. Cette vente devrait être interdite aux mineurs. Dans un bureau tabac, à Saïd Hamdine (Alger), le gérant affirme respecter la loi, bien que, précise-t-il, certains adolescents demandent à des adultes de leur  acheter le produit. «C’est souvent leurs voisins et amis du quartier ou même leurs frères aînés qui viennent pour contourner l’interdiction», révèle-t-il.
Pour Riad, acheter une vapoteuse est très facile. «Outre les bureaux de tabac tu peux en trouver sur les réseaux sociaux où elles se vendent à très bas prix», fait-il savoir.
Une mode  féminine
Le succès des vapoteuses auprès des filles serait, selon nombre d’entre elles, dû au fait qu’elle ne dégage pas d’odeur. De la nicotine est présente dans ces flacons, mais les saveurs ajoutées peuvent facilement tromper. «Ma mère a déjà senti l’odeur des bonbons fraises sur moi. J’ai juste répondu qu’il s’agissait de simples friandises», dit, en rigolant, Norhane. C’est là, estime l’adolescente, toute la subtilité du «gadget». Selon elle, plusieurs garçons de sa classe fument en cachette. «Nous ne pouvons pas fumer nous les filles au risque de sévères punitions. C’est dès lors les cigarettes électroniques qui nous procurent du plaisir», lance-t-elle. Selon Norhane, pas moins de neuf filles de sa classe sont adeptes de la vapoteuse. Quatre en fument fréquemment.
Walid Souahi