OAS:  L’acronyme de la terreur

L’Organisation de l’armée secrète (OAS) est une organisation clandestine paramilitaire fondée en 1961 par le général Raoul Salan, commandant en chef de l’armée française en Algérie, et le leader des Barricades d’Alger, un mouvement d’insurrection en janvier 1960, Pierre Lagaillarde.

L’OAS est née de l’opposition des partisans de l’Algérie française à la politique du général de Gaulle qui se prononce pour l’autodétermination de l’Algérie en 1959. «L’objectif de cette organisation terroriste était de garder l’Algérie dans le giron de la France, notamment après le début des négociations entre le FLN et le gouvernement français. Après la signature des accords d’Evian et le référendum pour l’autodétermination du 3 juillet 1962, l’indépendance de notre pays a été proclamée. Ce que ses membres n’acceptent pas en poursuivant leurs actions en 1963 contre les gaullistes», rappelle Me Fatma-Zohra Benbrahem, avocate et chercheuse en histoire.
Avant sa création, le 21 avril 1961, un putsch est mené par 4 généraux, Salan, Challe, Jouhand et Zeller. Dans ce sillage, à Alger, le général Challe lance un appel à la radio Alger : «L’armée s’est assurée le contrôle du territoire saharo-algérien. L’opération s’est déroulée conformément au plan prévu. Je suis à Alger avec les généraux Zeller et Jouhaud, en liaison avec le général Salan, pour tenir notre serment, garder l’Algérie.» Suite au coup d’Etat, le général Charles de Gaulle ne reste pas sans réagir. Le 23 avril 1961, quelques jours après le putsch, il fait une apparition à la télévision où il met en garde le quarteron de généraux dissidents. «Un pouvoir insurrectionnel s’est installé en Algérie par un pronunciamiento militaire. Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux à la retraite… Au nom de la France, j’ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés pour barrer la route de ces hommes-là… J’interdis à tout Français et d’abord à tout soldat de n’exécuter aucun de leurs ordres…», lance le général.
«Le putsch avorté, le général Salan part à Madrid, en Espagne, où il y trouve Lagaillarde qui s’y est installé après l’épisode des Barricades. De leur rencontre naîtra l’OAS, autour du noyau dur des Barricades et du putsch d’Alger. Dès lors, des attentats sont commis en Algérie et en France. Des actions d’une extrême violence sont menées par les groupes armés, notamment durant n’année 1962. La fin de la guerre est marquée par des attentats et des assassinats d’une violence inouïe de civils», fait savoir la juriste.
L’OAS se structure suivant un organigramme sur tout le territoire et même en métropole. «Dans l’Algérois, l’Oranie et le Constantinois, personne n’échappe à la violence exercée par les criminels de l’OAS qui sèment la terreur et la mort. Se basant sur la guérilla urbaine, ces groupes sont soutenus par les colons d’une façon ou d’une autre, en leur proposant par exemple des planques sûres après leurs méfaits pour s’y replier et éviter les forces de police», souligne Me Benbrahem.
Salan et Jouhand sont arrêtés et condamnés par le Haut tribunal militaire et leur organisation est dissoute en juin 1962, quelques jours avant la proclamation de l’indépendance.
Des crimes atroces contre les civils
Des milliers de morts et de blessés sont victimes des exactions de l’OAS qui multiplie ses actions meurtrières surtout entre 1961 et 1962. Ces massacres sont si nombreux que leur évocation nécessite des livres entiers. Des civils sans armes sont massacrés dans des voitures piégées ou béliers, des attentats à la bombe ou des fusillades en pleine rue. «La plus spectaculaire de ces actions terroristes est l’attentat du port d’Alger par une voiture piégée le 2 mai 1962. Le bilan a été trop lourd, 100 morts et des centaines de blessés. L’organisation a pris pour cible les dockers qui s’amassent aux alentours de l’infrastructure dans le but d’être embauch»s pour la journée. Venus pour chercher du travail, ils se retrouvent victimes de l’OAS, qui ne lésine pas sur les moyens pour faire retentir ses crimes», rappelle l’avocate.
Sans faire de distinction entre Algériens et Européens, l’OAS frappe à tout moment et partout. D’ailleurs, la fusillade d’El Biar le 15 mars 1962 par arme automatique par un commando de l’OAS est un autre crime sanguinaire. «Ils étaient six, Algériens et Français, tous inspecteurs de l’éducation, qui sont tombés sous les balles assassines de l’organisation terroriste. Mouloud Feraoun, Ali Hammoutène, Salah Ould Aoudia, Marcel Basset, Robert Eymard et Max Marchand étaient de simples fonctionnaires qui dirigeaient des centres sociaux», fait remarquer Mme Benbrahem. D’autres crimes aussi atroces sont également commis à Oran…
«L’OAS a marqué la mémoire collective des Algériens. Synonyme de terreur et de crimes, aucun pardon ne pourra soulager la peine des familles des victimes. De triste mémoire, ces trois lettres (OAS, ndlr) sont associées au terrorisme des ultras de l’Algérie française», conclut-elle.
 Karima Dehiles