«Obéir, la désobéissance originelle» de Zoubir Hellal: Déconstruire l’histoire pour mieux la reconstruire

L’artiste plasticien Zoubir Hellal revient avec une exposition, à Dar Abdeltif, visible jusqu’à samedi  intitulée «Obéir, la désobéissance originelle», qui se veut, d’abord, un hommage à Omar Racim, mais aussi une forme de rébellion contre les idées reçues sur une appartenance artistique à l’école coloniale ou occidentale. «Ce qui m’intéresse n’est pas de véhiculer leur histoire mais de raconter notre histoire à nous» déclare Hellal.
L’exposition se décline en une série d’œuvres où le couple, Antar et Abla, traverse les époques et les lieux dans une mise en scène choisie par l’artiste non pour narrer l’histoire mais pour la déconstruire.
Zoubir Hellal ne s’intéresse pas à l’ordre établi mais à tout ce qui va son encontre. «J’ai choisi ce titre en faisant référence à Adam et Eve en détournant leur histoire et l’adapter à Antar et Abla». Antar et Abla se retrouvent tantôt au paradis, parfois dans la Grèce antique, et aussi dans l’Egypte des Pharaons. On peut aussi les apercevoir dans une rue de Bab El Oued ou de la Casbah d’Alger ou encore à Boussaâda où l’on retrouve Etienne
Dinet.
«J’ai aussi choisi Etienne Dinet, puisqu’il est, dit-on, à la base de l’histoire de l’art qui nous a été racontée et présenté comme le père de l’art algérien». «De l’autre côté, j’ai choisi Omar Racim qui, lui, est considéré comme le premier artiste à se rebeller contre l’ordre colonial». «Je considère que certains artistes ont obéi à la narration historique proposée par les intellectuels et artistes français de l’époque coloniale. Par mimétisme, ils ont fait comme eux non pas pour aller vers une création libre mais pour reproduire la même chose. Par contre, Omar Racim s’est affranchi de l’art colonial pour s’exprimer en tant qu’Algérien et transmettre une image propre à sa culture et son environnement social». «Dans l’histoire que je raconte, je détourne l’histoire d’Adam et Eve en posant la question : nous avons obéi à quoi et désobéi à quoi ? », ajoute Hellal.
Les sujets traités par l’artiste se rapportent à un mouvement libérateur, par l’art et de l’art, mais aussi aux symboles de la Révolution algérienne qui se sont soulevés contre l’ordre colonial comme Krim Belkacem, Djamila Bouhired. Un autre élément s’incruste dans la quasi-totalité de l’exposition, le cheval ailé. Pégase, Bouraq, ces chevaux mythiques rapportés dans les écritures religieuses où dans la mythologie gréco-romaine symbolisent la liberté. Ils symbolisent aussi le cheval qui a accompagné l’homme dans ses conquêtes et livré bataille avec lui à travers les siècles.
A travers son œuvre, Zoubir Hellal propose un voyage à travers les époques allant de l’origine du monde et «le péché originel», en passant par l’époque gréco-romaine jusqu’à nos jours, où le couple s’insert avec d’autres éléments d’époques différentes. Un foisonnement de symboles rappelle des éléments culturels et civilisationnels de chaque époque. Hellal varie également les techniques et s’adonne à un exercice de style réunissant collage, peinture à l’huile, dessins au feutre, acrylique. Les matériaux sont aussi variés que les techniques puisqu’on retrouve le bois, la toile, le forex. Les dimensions sont également multiples allant de la petite toile au grand format en passant par des diptyques et compositions à plusieurs tableaux.
Hakim Metref

Biographie

Né en 1952 à Sidi bel Abbés, en Algérie, Hellal Zoubir est peintre et dessinateur, représenté par Tafeta Gallery à Londres. Zoubir a étudié à la Société des beaux arts d’Alger (1966-1967). il est diplômé de l’Ecole nationale d’architecture et des Beaux-Arts d’Alger (1967 1970) et de l’Ecole nationale des arts décoratifs de Paris en architecture d’intérieur (1970-1974) Il obtient un diplôme d’études supérieures d’arts plastiques à l’université Paris-Saint Denis (1988) et une maîtrise d’histoire et théorie des arts à l’École supérieure des beaux-arts d’Alger en 2002. En 2003, il devient directeur du département des arts plastiques au commissariat de l’année de l’Algérie en France (2002 -2004). De 1986 à 2013, il est représenté par la galerie algérienne Isma. Il a également été le commissaire de nombreuses expositions dont Art africain contemporain maghrébin et design africain au Musée d’art moderne d’Alger pour «L’année arabe» en 2007, le Festival panafricain en 2010, et «Le créateur algérien» à l’Institut du monde arabe à Paris en 2012. Biennale de Venise, pavillon des artistes algériens 2019. Il a été membre du Conseil national des arts et des lettres (2012-2021) et président de la Commission nationale d’aide aux arts et sciences humaines (2013-2014). Ses œuvres font partie de la prestigieuse collection d’art du Musée national des beaux-arts d’Alger. Musée Zabana à Oran, présidence de la République (Alger), ministère de la Culture (Alger) à l’ambassade de France (Alger) Musée El Salvador Allende à Santiago (Chili), à l’Institut arabe hispanique du Royaume d’Espagne et dans de nombreuses collections privées en Algérie et à l’étranger (France, Belgique, Etats-Unis, Espagne, Italie).