Oran: Des vastes chantiers qui s’éternisent

La wilaya d’Oran est devenue un immense chantier à ciel ouvert. Des milliers de logements, tous types confondus, ont été lancés.

Beaucoup plus que la plupart de nos villes, la capitale de l’Ouest a connu une vigoureuse croissance urbaine, comme le montrent les différents recensements qui corroborent la thèse de la mobilité intra-urbaine. Malheureusement et malgré la cadence des travaux, il est devenu fréquent de voir, dans certaines parties de la ville notamment sa périphérie, des chantiers de constructions qui n’en finissent plus. Cela est surtout vrai pour certaines bâtisses individuelles, certaines coopératives immobilières, ou encore les dizaines de nouveaux immeubles de la promotion immobilière, dont les travaux commencent, s’arrêtent, reprennent, et ainsi vogue la galère. Selon un travail réalisé par l’Université d’Oran, il est noté qu’au «moment où le taux d’accroissement de la commune d’Oran stagne, voire régresse, ceux des communes périphériques explosent». C’est que depuis quelque temps, la périphérie est devenue le lieu de desserrement de la ville et d’expression de politiques urbaines diverses faisant se juxtaposer ou se superposer des quartiers produits dans des contextes différents (les ensembles de logement social, les coopératives et les lotissements en accession à la propriété, les grands équipements et infrastructures, etc.). Cette périphérie concentre également la propriété publique, puisque «dans l’agglomération oranaise, la quasi-totalité des zones d’extension urbaine relève du domaine privé de l’Etat». L’abondance de cette propriété et la possibilité de son aliénation font que la périphérie se construit en empruntant un cheminement singulier, ce qui démontre les nouvelles dynamiques urbaines, très souvent anarchiques. Le constat est le même partout à Oran. Les travaux s’arrêtent souvent pour des raisons inconnues et ne reprennent plus.

Pour combien de temps, ce décor va-t-il encore durer ?
Il est, pour le moins étrange, que certains chantiers puissent durer indéfiniment, défigurant le visage de la wilaya et, surtout, de son chef-lieu. Pourtant, les responsables ont insisté, à maintes reprises, sur la nécessité de ne pas s’éterniser dans ce genre de travaux d’édification ou d’extension. De telles négligences démontrent un manque de sérieux et d’implication de la part des maîtres d’ouvrage et d’œuvre. De surcroît, elles ulcèrent les Oranais qui sont chagrinés de voir le paysage urbain de la deuxième ville du pays ainsi défiguré car ils sont soucieux de l’image que reflètent leurs quartiers, leur ville, leur wilaya en constatant avec amertume leur altération. Surtout, à l’approche des Jeux méditerranéens où Oran doit donner une grande image du reste du pays. Une source près de la wilaya assure que «l’opération de recensement des bâtisses inachevées au niveau des 16 communes de la wilaya, lancée depuis quelque temps, a permis aux services de la Direction de l’urbanisme de la wilaya de relever l’existence de centaines de carcasses en béton, essentiellement des résidences et des villas, dont les travaux n’ont toujours pas été achevés. Ces chantiers, qui traînent depuis plusieurs années, sont à l’origine de nombreux désagréments causés aux habitants». Ces édifices finissent par défigurer le cadre urbain, au grand dam des citoyens qui avancent des solutions, qu’ils veulent radicales, pour juguler ce phénomène : «Ce qu’il faut pour empêcher ces pratiques, ce sont des mesures strictes et rigoureuses, ainsi que des sanctions pour ceux qui n’en tiennent pas compte.» Il semble que, jusque-là, les centaines de mises en demeure adressées aux propriétaires de carcasses n’ont pas encore fait leur effet.

175.000 demandes de logements

Les services de la wilaya d’Oran ont dénombré, jusqu’à aujourd’hui, plus de 175.000 demandes de logements de différentes formules, en ont distribué quelque 40.000 logements (20.000 logements publics locatifs, 18.000 de type location-vente et 2.000 logements promotionnels aidés). Ainsi, en dépit des gros efforts en matière de logement social et d’encouragement à l’accession à la propriété familiale, qui ont d’ailleurs induit la forte expansion de la ville d’Oran, le déficit est loin d’être enrayé, ce qui explique la multitude de chantiers en cours. Mais cela n’explique guère leur éternisation.
A. Abbas